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Leçons de la présidentielle pour les législatives

4 min
À retrouver dans l'émission

Le résultat des élections présidentielles pose un certain nombre de questions sur la manière dont la campagne fut menée. Des réponses qu’on leur apporte dépendent les stratégies électorales qui vont être mises en œuvre pour les législatives du mois prochain.

La première interrogation porte sur la stratégie de campagne de Nicolas Sarkozy. Attribuée à Patrick Buisson , elle a consisté à coller aux thématiques du Front national, dans le but de « siphonner ses électeurs », comme en 2007. Cette analyse se fonde sur l’idée que le vote pour Marine Le Pen est non plus un vote de protestation anti-système, comme l’était, dans une large mesure, le vote pour son père, mais un vote d’adhésion. Il exprimerait une forte demande de protection et de sécurité , face à une mondialisation rendue responsable à la fois des délocalisations, donc du chômage, mais aussi du sentiment que les modes de vie des autochtones sont menacés par l’immigration. Un désarroi à la fois social et culturel.

Dans la mesure où Nicolas Sarkozy a été battu, il est tentant de mettre cette stratégie en accusation. La grande majorité des commentateurs autorisés sympathisant avec les valeurs d’ouverture, ils sont tentés de condamner cette course à droite - pour des raisons morales. Moins la droite est à droite et plus ils lui pardonnent… Mais c’est ne pas voir qu’une mutation Idéologique s’est produite sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Nous avons désormais affaire à une « droite décomplexée », et non plus, comme avec Chirac, à une droite dont la seule ambition consistait à tenter de retarder des évolutions qu’elle jugeait, au fond d’elle-même, inexorables. Le mouvement « sinistrogyre », décrit autrefois par Albert Thibaudet, qui condamnait la gauche d’aujourd’hui à devenir la droite de demain, ce mouvement s’est interrompu – peut-être parce que nous avons cessé de croire à un « sens du progrès », que la gauche était censée incarner. Du coup, le « surmoi de gauche » de la droite française a sauté.

En outre, la réponse de « l’école Buissonnière » à ses critiques, c’est que cette course « à droite toute » aura permis à Sarkozy de limiter les dégâts – une défaite limitée. « Sans toi, je n’étais pas au second tour » , aurait même dit à son conseiller le président sortant, qui rappelle qu’il y a six mois, les sondeurs évoquaient le risque d’un « 21 avril 2002 à l’envers », avec une Marine Le Pen, évinçant Nicolas Sarkozy du deuxième tour. « Sans cette stratégie, Nicolas Sarkozy aurait fait 20 % au premier tour, et 42-43 % au 2° tour », confirme le géographe Christophe Guilluy sur Atlantico. Finalement, il perd avec 48,4 %. Ce fut donc payant.

Mais le même observateur estime que la stratégie, attribuée à Terra Nova , de centrer la campagne du PS sur les grandes villes , avec leurs populations de cadres, et sur les banlieue s, avec celles issues de l’immigration, a elle aussi fort bien fonctionné. Car le fait que le total des voix de gauche et d’extrême-gauche soit passé, en cinq ans, de 44 à 47 % montrent que, symétriquement à la mutation idéologique, à droite, il y a eu une poussée sociologique à gauche – ce que Sarkozy n’a pas compris.

D’autres commentateurs, comme Eddy Fougier estiment qu’avec François Hollande, et sous l’influence probable de Manuel Valls, la gauche a bougé : le discours multiculturaliste, insistant sur le respect de la culture des autres coexiste désormais avec un discours plus exigeant, qui met l’accent sur la nécessité, pour les immigrés, de s’intégrer et aussi sur la défense des valeurs de laïcité . L’électorat de gauche se partage presque à égalité entre les deux positions.

Il y aura, là aussi, à opter clairement pour une stratégie.

Une remarque : il existe, dans notre pays, comme dans beaucoup d’autres en Europe désormais, une nette tendance au vote identitaire – et pas seulement des « petits blancs » en direction du Front national. Le fait que les musulmans aient voté pour Hollande à 93 % (sondage OpinionWay) et les catholiques pratiquants réguliers à 79 % pour Nicolas Sarkozy montre que notre société est en train de se communautariser. Il n’y a jamais eu de « vote juif » en France il y a désormais un vote musulman, presque unanime.

La gauche doit-elle viser à agglomérer les minorités (ethniques, culturelles, sexuelles, autour de son socle électoral de base – les employés du secteur public et les catégories les plus éduquées des grandes villes – ou poursuivre sa reconquête des ouvriers et employés du privé, des rurbains, demandeurs de protection contre la mondialisation et hostiles au multiculturalisme ? C’est tout le sens de la polémique qui fait rage entre les partisans de Terra Nova et ceux de la Gauche populaire .

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