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L'Egypte au bord du gouffre

4 min
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L’Egypte évitera-t-elle la guerre civile ? La polarisation entre les deux camps est extrême : les Frères musulmans arguent de la légitimité démocratique : leur parti, de la Liberté et de la Justice n’a-t-il pas devancé tous les autres, lors des législatives de 2011, en remportant 38 % des suffrages ? Mohamed Morsi, qui n’était pas leur premier choix ne l’a-t-il pas emporté, certes d’une courte tête, aux présidentielles de juin 2012 ? Les résultats du référendum constitutionnel de décembre dernier, sur la Constitution, sont moins clairs. Mais, disent les Frères Musulmans, qui s’accrochent au pouvoir, on ne réécrit pas les règles du jeu sous prétexte qu’on n’a pas été vainqueur . Nos opposants sont de mauvaise foi, ils reçoivent de l’aide de l’étranger contre nous, s’est nouée une alliance de circonstance entre de jeunes voyous désoeuvrés et sécularistes et des politiciens ambitieux, dont certains ont trempé jusqu’au cou dans le régime de Moubarak. Que veulent-ils ? Faire revoter le peuple jusqu’à ce que nous ayons enfin perdu ? Ils ne respectent pas le suffrage populaire.

En face, on maudit Morsi pour son échec économique : les pénuries, les coupures d’électricité, le chômage minent le moral des Egyptiens. Le pays, que les touristes boudent, ne survit que grâce au FMI, à l’Union européenne – qui lui a alloué 6 milliards et demi d’euros, et aux Etats-Unis, qui achètent ainsi la paix avec Israël. Le sectarisme, l’autoritarisme d’un pouvoir qui a un agenda caché et d’un président qui s’est accaparé le pouvoir judiciaire, en sus de l’exécutif, semblent mener le pays d’une dérive théocratique. L’Egypte s’enorgueillissait d’une coexistence relativement pacifique entre musulmans et chrétiens ; or, depuis que les islamistes sont au pouvoir, les coptes sont persécutés. Ils quittent le pays, par centaines de milliers, comme autrefois, les Juifs. Et on excite les sunnites contre les chiites : quatre d’entre eux ont été lynchés récemment. Quoique désunie, l’opposition est persuadée de rejouer la pièce qui a abattu la statue du commandeur Moubarak, en février 2011.

Aucun des deux camps n’est prêt au moindre compromis. Chacun soupçonne l’autre de vouloir recourir à la violence et se dit prêt à verser son sang…

Entre les deux, l’armée, qui prétend ne pas vouloir jouer de rôle politique, mais qui a prévenu qu’elle ne laissera pas le pays tomber dans la guerre civile. L’armée, qui n’a pas oublié le limogeage du maréchal Tantawi et qui n’a jamais porté dans son cœur les Frères Musulmans. L’armée qui, le 23 juin, a donné une semaine aux civils pour trouver une solution politique à leurs querelles et dont l’ultimatum de 24 heures se termine aujourd’hui. L’armée qui laisse planer la menace d’une intervention directe dans le jeu politique, alors que l’opposition exclut explicitement le coup d’Etat militaire.

Certes, des millions d’Egyptiens sont redescendus dans les rues de plusieurs grandes villes. Mais que pense le pays profond ? Contrairement aux élites éduquées et occidentalisées des villes, elle n’a rien contre l’islamisation : celle-ci avait commencé bien avant la victoire de Morsi. Mais elle constate que la situation économique du pays s’est dégradée, que la vie est encore plus dure pour l’immense masse des pauvres, que l’inflation est à deux chiffres, que le revenu des ménages a baissé de près de 11 % d’une année sur l’autre. Elle est sensible au slogan, lancé par Mohamed El-Baradei : « la charia, ça ne se mange pas ! » Trois ministres des finances se sont succédés en un an. Aucun n’a convaincu.

Dans le camp de Morsi, les désertions se sont multipliées son ministre des Affaires étrangères, Mohamed Kamel Amr, a démissionné. Mais la confrérie est puissante et bien organisée. Des décennies de combat clandestin l’ont rodée. Et elle est d’autant plus dangereuse qu’elle a peur. Il n’y a pas de vraie solution institutionnelle , puisqu’en l’absence de Chambre des représentants, c’est le Conseil de la Choura qui pourrait prononcer la destitution du président Morsi. Dans la mesure où il est dominé par les islamistes, il n’y a aucune chance qu’il s’y résigne.

Que peut faire l’armée ? Interdire toutes les manifestations, afin d’empêcher les heurts entre pro et anti Morsi ? Imposer un gouvernement d’unité nationale apolitique ? Déposer elle-même le président Morsi ? Une sortie de crise acceptable par les deux parties serait un gouvernement dirigé par le chef des forces armées, Abdel-Fattah el-Sisi, qui permettrait à Morsi de sauver la face. En est-on encore là ?

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