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Les "affaires" et la crise de régime

3 min
À retrouver dans l'émission

Le nom de l’ancien président de la République , battu par François Hollande, l’an dernier par 51,6 % des suffrages exprimés, apparaît dans de nombreux dossiers de justice.

Il est concerné par une information judiciaire ouverte par le Parquet de Paris concernant le financement de sa campagne de 2007 par le colonel Kadhafi.

Il a été mis en examen pour abus de faiblesse sur la personne de Liliane Bettencourt.

Le financement de plusieurs sondages, commandés par la présidence de la République, au cours de son mandat, est contesté par un juge.

Dans l’affaire de l’arbitrage Bernard Tapie contre le Crédit Lyonnais, il y a eu des perquisitions chez Claude Guéant, à l’époque secrétaire général de l’Elysée. L’ancien président est donc dans le collimateur.

Une plainte pour violation du secret de l’instruction, par l’ancien président de la République alors en fonction, dans l’affaire dite de Karachi, a été déclarée recevable par trois magistrats, en janvier 2013, alors que le Parquet l’avait jugée irrecevable, l’an dernier. De toute façon, quand bien même, il n’aurait été « cité par aucun témoin ou acteur de ce dossier », comme l’affirmait le communiqué litigieux de la présidence de la République, Nicolas Sarkozy ne saurait manquer d’être éclaboussé si la version de l’homme d’affaires Ziad Takieddine était confirmée – on imagine mal, en effet, que l’ancien porte-parole du candidat Edouard Balladur aurait pu ignorer l’existence d’un financement occulte.

Si l’on ajoute à cette liste l’invalidation, par le Conseil constitutionnel, d’une partie des frais de campagne de 2012 – le meeting de Toulon, organisé le 1° décembre 2011 -, on conçoit que l’ancien président puisse être tenté de se présenter en victime d’un « acharnement » ce qui, dans les circonstances présentes, est une carte gagnante. Lorsque les pouvoirs publics sont impopulaires, il est avisé de se présenter comme objet d’une injustice – mieux encore comme la cible d’un « complot ». C’est une tactique qui semble bien réussir au Front national. Et de telles circonstances peuvent être invoquées pour justifier le grand retour, sur la scène politique, de l’ancien président de la République, qui cherchait une fenêtre d’opportunité.

Il y a certainement calcul, de part et d’autre. Et on peut ergoter sur le degré de subtilité des acteurs de ce « cirque médiatico-judiciaire », pour reprendre l’expression de Me Soulez-Larivière.

Reste que l’accumulation des affaires (car la gauche a les siennes, avec Jean-Noël Guérini, Jean-Pierre Kucheida et Jérôme Cahuzac), contribue à l’aggravation d’un climat délétère, dont une seule force politique est susceptible de tirer profit, en l’état actuel des choses : le Front national. Qui sait d’ailleurs si tel n’est pas le but recherché.

De manière plus générale, on a le sentiment que le système institutionnel de la V° République réformée n’est plus adapté à l’état de crise profonde dans lequel se débat notre pays . L’apparence d’omnipotence qui s’attache, dans notre Constitution, à la fonction présidentielle, contraste avec l’extrême difficulté que rencontrent ses détenteurs à faire avances les réformes qu’ils savent nécessaires. Quant au système politique, il n’est plus en phase avec les attentes de la société. Nos deux grands partis de gouvernement, qui prétendent faire coexister des carpes souverainistes et des lapins européens, ne sont plus que des regroupements d’ambitions. Ils font de moins en moins illusion et sont victimes d’une énorme désaffection de la part de l’opinion. Le moment de la crise de régime s’approche , alors même qu’aucune alternative crédible ne semble en vue.

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