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Les Balkans au bord de l'embrasement

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L'Union européenne aurait tort de se désintéresser d'une région où les vieilles querelles ethniques se réveillent.

Après la crise grecque, la vague migratoire et le risque du Brexit, le prochain défi pour l’Union européenne pourrait bien apparaître sur son flanc sud-est. Les Balkans occidentaux, région hautement fissile, sont au bord de la déflagration. Depuis un certain temps déjà, de bons spécialistes tels que Dominique Moïsi tentent d’attirer l’attention des dirigeants européens sur ces micro-Etats nés du règlement des guerres de succession de l’ex-Yougoslavie. Mais ils ne sont guère entendus. Cette fois, c’est un article signé Timothy Less dans la revue britannique New Statesman qui avertit que la situation sur place est passée de préoccupante à dangereuse. Pourquoi ?

Souvenons-nous. C’est l’OTAN, sous la responsabilité de Bill Clinton, qui est intervenue à deux reprises, en 1994 et 1999, pour imposer aux Serbes la cessation d’hostilités qui prenaient la forme d’épurations ethniques infligées aux populations musulmanes. En Bosnie d’abord, les Américains ont imposé leurs solutions, alors que Français et Allemands étaient paralysés par leurs divergences. Puis, pour contraindre Milosevic à lâcher prise au Kosovo, ils ont bombardé Belgrade en 1999. En 2000, les Américains encore très présents dans les Balkans, exercèrent une forte pression sur la Serbie, pour que le pays livre son dirigeant, Slobodan Milosevic, au Tribunal Pénal international pour l’ex-Yougoslavie. Mais depuis, les Américains sont partis, laissant aux Européens la charge de gérer la situation.

On est alors passé du hard power – celui des bombardiers – au soft power. L’argument des Européens se résumait en un mot : conditionnalité. L’Union européenne jouait son fameux atout : la perspective de l’adhésion, censée faire oublier les vieilles querelles nationales et pousser à l’adoption de réformes économiques libérales. Le succès a été au rendez-vous du côté de la Croatie, qui a adhéré à l’Union en 2013. Mais depuis, la mécanique s’est bloquée. Et les Balkans occidentaux ont le sentiment que l’Union européenne, écrit Timothy Less,a « relevé le pont-levis ». Les petits Etats de la région se sentent trahis. On leur a imposé des réformes, parfois incompréhensibles, auxquelles ils n’ont consenti que dans l’espoir d’être admis au club et on leur fait savoir qu’ils n’en seront pas membres avant des décennies. En outre, l’adhésion à l’UE les fait de moins en moins rêver, dans la mesure où ils ont sous les yeux une Grèce exsangue et entravée.

Du coup, beaucoup ont commencé à regarder ailleurs, tandis que se raniment les anciennes querelles. Les influences turque et russe se sont affrontées durement dans la région. A nouveau, Moscou, qui se présente en protectrice des orthodoxes, y avance ses pions. Elle pousse discrètement les Serbes de Bosnie à réclamer leur indépendance. Milorad Dodik, le président de l’entité serbe, a décidé l’organisation d’un référendum d’auto-détermination en 2018.

La perspective de voir les conflits ethniques dilués dans un espace européen ouvert s’éloignant, les vieux démons refont partout surface. La victoire des Serbes sécessionnistes en Bosnie déclencherait un effet domino aux effets ravageurs. Les Serbes du Kosovo, majoritaires au Nord, pourraient demander leur rattachement à la Serbie. Rien n’empêcherait alors les Albanais, majoritaires dans ce micro-Etat, de demander leur propre rattachement à l’Albanie. La minorité albanaise de Macédoine réclame d’ores et déjà la « fédéralisation » de cet Etat minuscule. De leur côté, les musulmans bosniaques, travaillés par le wahhabisme, pourraient compter sur le renfort de tout ce que l’Europe compte de djihadistes...

On le voit, un tel scénario provoquerait presque à coup sûr une reprise générale des conflits gelés dans les années 90, pour déterminer les frontières. Et cette fois, il ne faudra pas compter sur les Américains pour venir séparer les combattants. L’Union européenne est mal équipée, d’ordinaire, pour gérer les crises dans son pré carré. Spécialement en ce moment où elle a bien d’autres problèmes internes à régler. Mais elle aurait tort de laisser s’envenimer la situation dans les Balkans occidentaux, où un embrasement général n’est nullement à exclure.

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