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Les bonnes affaires du crime organisé

4 min
À retrouver dans l'émission

Une division spéciale des Nations Unies, l’United Nations Office on Drugs and Crime s’occupe spécialement de tenter de fournir aux gouvernements et aux experts concernés les données disponibles concernant la criminalité transnationale organisée (ou CTO).

Les derniers chiffres qu’elle communique sont datés, mais ils sont éloquents : la CTO a généré, en 2009, 870 milliards de dollars. Cela représente 6 fois le total de l’aide publique au développement, 1,5 % du PIB mondial et 7 % des exportations totales de marchandises . L’activité criminelle la plus lucrative demeure le trafic de drogues, avec 320 milliards de dollars. Il est suivi par la traite d’êtres humains, dont sont victimes, chaque année, 2 millions 400 mille personnes, essentiellement des femmes ou des enfants, destinés à la prostitution ou aux réseaux de voleurs. Le trafic de migrants constitue une autre source de revenus illégaux, ainsi que le blanchiment d’argent sale – il existe des spécialistes qui vivent de ce type de recyclage. L’UNOCD s’intéresse aussi au trafic d’armes à feu, aux produits contrefaits et à la cybercriminalité.

Vous avez décidé d’étudier le trafic de cocaïne, dont vous avez raison de dire qu’il est devenu le premier trafic de drogue dans le monde. A vos yeux, il constitue comme un miroir grossissant de l’économie légale mondialisée. Pour vous, Roberto Saviano, « l’or blanc » serait le carburant de nos cerveaux, comme l’or noir est celui de nos voitures et camions . Et vous analysez ce trafic avec les outils de l’économie classique. En gros, vous ne faites pas de réelle différence entre le commerce mondial des biens et services et le trafic illégal de drogue. Entre économie criminelle et économie tout court. C’est contestable pour bien des raisons, en particulier parce que les trafiquants ne paient ni impôts, ni cotisations sociales.

Cela fait un certain temps que des économistes ont entrepris de rendre compte des activités criminelles. Dans les premiers temps, ils ont été fort mal reçus dans un milieu où régnaient les juristes (comment punir ?) et les sociologues (quelles sont les causes du basculement dans la délinquance ?). Gary Becker , le Prix Nobel d’économie 1992, récemment décédé, a lancé ce type de travaux, dès 1968, avec un article qui fit du bruit, Crime and Punishment : an economic approach. Il y recommandait de changer de paradigme de cesser de voir le monde comme divisé entre les honnêtes citoyens, respectueux des lois, et les délinquants qui les enfreignent, mais de considérer plutôt tout individu comme un acteur rationnel, placé devant des situations et agissant en fonction des opportunités et de ses propres « préférences ». Les activités criminelles sont des options ouvertes à tous. Les bénéfices escomptés sont rapportés aux risques encourus. De même que les étudiants choisissent certaines années le droit et d’autres, la finance, en fonction des espérances de gain, la carrière criminelle procède d’un choix rationnel.

Plus près de nous, Steven Levitt, l’auteur du fameux Freakonomics (2005) a publié un article resté fameux sur les causes réelles de la baisse de la criminalité aux Etats-Unis, dans les années 90. Après avoir écarté les causes invoquées fréquemment et démontré qu’elles ne jouaient aucun rôle, ou un rôle marginal, comme le taux de croissance, le contrôle des armes à feu ou le nombre de peines de mort prononcées par les tribunaux, il a identifié quatre causes mesurables : 1° le nombre de policiers par rapport au nombre d’habitants. Facteur décisif. Deuxièmement, l’augmentation de la population carcérale. Son augmentation fulgurante dans les années 90 coïncide avec la baisse de la criminalité. D’abord à cause de ce qu’on appelle « l’effet incapacitant » : par définition, un délinquant incarcéré n’est pas en mesure de commettre de nouveaux délits. Mais aussi parce que plus s’élève le risque d’être pris et puni, moins profitable s’avère le fruit qu’on peut espérer tirer d’un acte illégal. 3° le recul de l’épidémie de crack. Mais la 4° cause est la plus surprenante, vous allez voir, puisqu’il s’agit de la légalisation de l’avortement. Non seulement, les enfants non désirés constituent une importante incitation à la criminalité, pour leurs pères, mais surtout ils deviennent, eux-mêmes, beaucoup plus fréquemment délinquants que les enfants désirés…

Mais vous-même, que préconisez-vous pour faire régresser le trafic, si rentable, de la cocaïne ?

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