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Les chances d'une ligne social-réformiste

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Bad timing pour le Congrès du Parti socialiste , prévu les 5,6 et 7 juin à Poitiers, deux mois après des élections départementales qui, selon les sondages actuels, s’annoncent sanglantes pour le parti au pouvoir. Les militants socialistes présents aux Congrès, dont bon nombre seront des élus, des assistants d’élus et des candidats à des postes, n’aiment pas perdre les élections. Quand tel est le cas et qu’ils sont dans l’opposition, l’usage est d’en rendre responsable le premier secrétaire en fonction. Mais s’ils sont aux affaires, c’est au gouvernement qu’ils s’en prennent.

Certains n’ont pas attendu l’échec électoral annoncé pour exiger un changement de ligne politique . Ils critiquent la politique de l’offre, le CICE, le ralentissement de la dépense publique. Ils contestent la légitimité d’un premier ministre qui, font-ils observer, n’a obtenu que 6 % à la primaire de 2011 et ne peut prétendre, de ce fait, constituer le centre de gravité du Parti. Combien sont ces « frondeurs » vers lesquels se tendent avec prédilection les micros ?

On ne saura jamais combien de députés socialistes auraient recalé la Loi Macron, puisque le texte a été finalement adopté grâce à l’article 49-3. Mais si l’on se reporte à certains scrutins antérieurs, comme le vote sur le programme de stabilité, on peut estimer qu’ils représentent environ 15 % du groupe socialiste , soit 44 députés sur 290. C’est peu, en comparaison de leur présence dans les médias .

Mais toute l’histoire du socialisme français nous enseigne que les Congrès sont nettement plus à gauche que les groupes parlementaires. Rappelons que la motion de la tendance « Maintenant la gauche » était arrivée en 2° position au Congrès de Toulouse de 2012. Cette fois, les ailes gauches ont déposé plusieurs contributions car les frondeurs sont divisés, même si on peut compter sur l’habileté de Benoît Hamon pour reprendre la direction de ses troupes et faire oublier sa « compromission » avec un gouvernement dont il fut ministre de l’Education nationale.

On aurait tort de comptabiliser dans l’aile gauche, hostile à la social-démocratie, le courant réuni par Martine Aubry, qui présente une contribution, intitulée « Pour réussir » ni même, le courant Cohérence socialiste, animé par Karine Berger et Valérie Rabault, qui présente aussi sa contribution.

Mais les médias parisiens, tout excités par les fameux « frondeurs », semblent beaucoup moins passionnés par ce qui se dit à l’autre bord du PS. La contribution « Inventer l’avenir », dont vous êtes l’un des principaux signataires, monsieur le Maire de Lyon, en compagnie du député de Paris, Christophe Caresche, de la ministre Nicole Bricq, de l’ancienne première ministre Edith Cresson, du secrétaire d’Etat, Jean-Marie Leguen, a également été signée par plusieurs maires de grandes villes.

Elle s’inscrit délibérément dans le sens d’un réformisme pragmatique , acquis, sans doute dans le cadre des responsabilités de gestionnaires locaux de ses auteurs. Vous accusez de « conservatisme » ceux qui bloquent les réformes au nom de la défense des intérêts acquis. Vous réclamez de nouvelles baisses du coût du travail, afin de permettre aux entreprises de redevenir compétitives et d’investir dans l’innovation. Fan des start-ups, vous proposez une fiscalité qui leur soit plus favorable. Vous exigez qu’on s’attaque enfin sérieusement à la dette publique, en s’inspirant des méthodes de réduction des dépenses qui ont été mises en œuvre dans des pays comme la Suède, le Canada et l’Australie. Vous dessinez un projet économique pour notre pays, axé sur la constitution des grandes métropoles, lieu de convergence des classes créatives. Vous voulez une insertion harmonieuse de notre pays dans la mondialisation.

Si Chevènement, au Congrès de Metz, a pu se moquer de Rocard, en le traitant de représentant de la « gauche américaine », vous, vous seriez carrément la « gauche Silicone Valley ». Vous feriez passer Manuel Valls pour une espèce de trotskyste…

Il y a toujours eu, dans notre pays, un « socialisme municipal », bon gestionnaire et pragmatique. Mais ce n’est jamais lui qui a donné le ton. Surtout pas lors des Congrès, qui, comme chacun sait, se gagnent à gauche. Pourquoi avez-vous cru bon de lancer ce manifeste hyper-réformiste ? S’agit-il d’équilibrer les frondeurs ? Ou afin de peser sur la motion de synthèse, que prépare sûrement Cambadélis ?

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