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les chrétiens d'Orient gênent

3 min
À retrouver dans l'émission

L’attaque du centre commercial Westgate de Nairobi par un commando islamiste somalien affilié à Al-Qaïda a quelque peu évincé de nos écrans l’autre attentat meurtrier du week-end : l’attaque sanglante, par des kamikazes de l’église de tous les saints de Peshawar, lors de la sortie de la messe. Cet attentat a fait 78 morts, dont 34 femmes et 7 enfants, ainsi que de nombreux blessés. Mais il est vrai qu’il n’y avait pas d’Occidentaux parmi eux, à la différence de l’attentat de Nairobi, ce qui explique peut-être pourquoi il a été très peu couvert par les médias. A moins que ce ne soit l’effet d’une certaine gêne, ressentie, en Europe, face au problème posé par le sort des chrétiens d’Orient.

Il faut le savoir : les fidèles qui souffrent le plus de persécutions en raison de leur religion aujourd’hui, dans le monde, appartiennent aux différences branches du christianisme. Si cette vérité a du mal à se dire en Europe, c’est parce qu’on y nourrit l’idée absurde selon laquelle ces chrétiens d’Orient seraient des vestiges de la colonisation. Alors que c’est le contraire : ils sont, eux, les descendants des premiers chrétiens, tandis l’Europe a été christianisée durant une période qui s’étend en gros, du début du VI° siècle (avec le baptême de Clovis) au XI° siècle, avec la christianisation de la Suède, suite au baptême du roi Olof Sköttkonung. Comme l’écrit, Sébastien de Courtois dans son livre, Le nouveau défi des chrétiens d’Orient, « Ne sommes-nous pas une extension occidentale de leur culture ? Ne sommes-nous pas aussi les héritiers de l’Orient ? »

Un prêtre chrétien vivant au Moyen-Orient explique, dans La Croix, « On me demande comment ces Arabes sont devenus chrétiens. Je réponds qu’il faut plutôt se demander comment ces chrétiens sont devenus arabes. » Derrières ces mots, ajoute le journaliste Guillaume Goubert, « une vérité toute simple : les communautés chrétiennes étaient présentes dans cette région du monde bien avant qu’elle ne soit conquise au VII° siècle par les forces arabes et musulmanes ».

Aujourd’hui, ces antiques communautés chrétiennes sont menacées. Il reste entre 5 et 8 millions de chrétiens, coptes pour l’essentiel, en Egypte. Cet été, 2013, plus de 70 lieux de culte, églises, couvents ou écoles chrétiennes, ont été attaqués dans ce pays. Les Frères musulmans au pouvoir n’ont pas fait grand-chose pour freiner l’ardeur purificatrice des salafistes, qui ne cachent pas leur volonté de chasser du pays tout ce qui n’est pas musulman. Mais ne risque-t-on pas, demain, de reprocher aux chrétiens, d’avoir été les protégés de la dictature militaire qui se profile ?

Situation qui rappelle celle des 850 000 Syriens de confession chrétienne. Face à l’infiltration de la rébellion par des sunnites fanatisés, ils semblent pencher pour le maintien du régime en place – un moindre mal. Quel sera leur sort si Bachar El-Assad finit quand même par être chassé ? En Irak, l’affaire est entendue : les 2/3 des chrétiens ont quitté le pays, pour fuir les assassinats qui les prennent pour cibles . Dans tout le Moyen Orient, les chrétiens semblent pris entre deux feux – ici, nationalistes contre islamistes, là, sunnites contre chiites…

Mais ici, que pouvons-nous faire ? Faut-il organiser l’exil massif de ces minorités pour leur permettre de vivre librement leur foi ? Ou tenter de persuader les Etats de garantir leur survie sur place ? Et comment ? Le sort des musulmans en Europe est assez enviable. Devons-nous réclamer un minimum de réciprocité aux Etats à majorité musulmane dans le traitement de leurs minorités chrétiennes ?

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