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Les classes populaires, angle mort de la gauche bobo ?

8 min
À retrouver dans l'émission

La polémique lancée les auteurs du Plaidoyer pour une gauche populaire contre une note de la Fondation Terra Nova, intitulée Gauche : quelle majorité électorale pour 2012 dépasse de très loin le milieu des experts en sciences humaines liés au Parti socialiste. Au-delà même de la stratégie électorale préconisée pour 2012, on assiste à cette occasion au heurt frontal entre deux conceptions de l’identité même de la gauche.

Terra Nova imaginait une « grande coalition » sur le modèle de celles qui réussissent bien au Parti démocrate américain : l’appel à la mobilisation des jeunes, des milieux culturellement émancipés, des femmes et des minorités ethniques. Bref, « la France qui bouge », pour transposer au contexte national.

Mais la gauche peut-elle s’identifier aux partisans de l’ouverture et de la mondialisation, à ceux qui en voient d’abord les opportunités parce qu’ils sont solidement équipés en diplômes et en relations, ou encore à ceux qui n’ont rien à en redouter parce qu’ils occupent des emplois protégés ? Jetant aux oripeaux le bon vieux prolétariat au nom de la « modernité », n’a-t-elle pas abandonné les classes populaires à la droite et surtout à l’extrême-droite : Marine Le Pen compte plus de sympathisants parmi les ouvriers que les candidats du PS et de l’UMP ensemble… 43 % d’entre eux auraient l’intention de voter pour elle selon BVA. Le travail, qui a été la valeur centrale de la gauche durant deux siècles, fait désormais partie du répertoire de la droite : « la France qui se lève tôt » de Sarkozy a fait mouche en 2007. La gauche ne s’est-elle pas trop confondue avec l’apologie du temps libre ? Avec les thèmes de « la fin du travail » ? Sa générosité en matière d’assistance ne trahit-elle pas une résignation devant la fatalité du chômage ? Les classes populaires redoutent que le modèle social assurantiel, qui fait partie de l’identité de la France, soit désormais menacé de faillite, sous le poids de l’assistanat et des détournements divers de la fraude sociale.

Christophe Guilly, l’un des premiers à avoir dénoncé les nouvelles « fractures sociales » avec l’œil du géographe écrit : « l’ouvrier d’origine française ou d’immigration ancienne ne vit plus sur le même territoire que l’employé d’origine extra-européenne. » Au-delà du périphérique, dans les petites villes et les campagnes, a trouvé refuge une population qui fuit le climat des banlieues. La gauche, dit-il, s’est focalisée sur les habitants des « métropoles mondialisées » et les classes populaires de la « France périphérique » ne l’intéresse pas. Pire, elle les méprise. Car, estiment les auteurs du « Plaidoyer », elle exprime une demande de sécurité, de respect des règles dont se moquent les bobos des centres villes, électorat privilégié des partis de gauche. Hervé Algalarrondo, relève également cette exigence dans son livre La gauche et la préférence immigrée

. L’ouverture à l’autre, le changement valorisé en tant que tel (« se bouger »), la tolérance de principe – même envers les intolérants, le multiculturalisme comme idéologie de substitution au vieux socialisme… à force de course à la « modernité », la gauche s’est-elle coupée du peuple ? Jetant aux oripeaux le bon vieux marxisme, qui avait élu le prolétariat en tant que « classe universelle », la gauche « bobo » a-t-elle trouvé dans la figure magnifiée de « l’immigré » un substitut au « prolétaire » ?

Bref, face à une « gauche du mouvement », se dresserait donc une « gauche de la protection », de la sécurisation. Bref une gauche populaire ? Ou bien faut-il dire… populiste ?

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