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Les droits de l'homme ne sont pas une marotte occidentale

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Ils sont un combat interne à toutes les cultures.

Dans notre Europe démocratique et respectueuse du droit, l’immunité diplomatique est une chose sérieuse. Même – cas limite - lors d’une entrée en guerre, on laisse les diplomates rentrer chez eux en toute sécurité. On ne tire pas sur un ambassadeur. Question de civilisation.

Et pourtant, dans la très pacifique capitale d’un petit Etat européen, le Danemark, un ambassadeur de France a été victime d’un attentat. Le 14 février de l’an dernier, alors qu’il venait de prendre la parole lors du vernissage d’une exposition consacrée à la caricature, devant un parterre de militants des droits de l’homme, François Zimeray, ambassadeur de France à Copenhague a été pris dans une tuerie. Un terroriste islamiste a ouvert le feu sur cette assemblée, tuant le réalisateur de documentaire Finn Norgaard, blessant plusieurs policiers. Quelques heures plus tard, le même assassin abattait, devant une synagogue de Copenhague, un volontaire civil sans arme, qui en assurait la protection.

« Mais l’ambassadeur de France, que faisait-il au juste à ce débat ? » questionnèrent les hypocrites traditionnels, tel Daniel Schneidermann. Oui, était-ce bien la place d’un ambassadeur de France que de participer à une cérémonie organisée en hommage aux rédacteurs et dessinateurs de Charlie Hebdo, assassinés dans les mêmes conditions, à Paris, le mois précédent ? Le thème de l’exposition, Art, blasphème et liberté d'expression, n’était-il pas un tantinet provocateur ? Quant aux droits de l’homme, ne s’agit-il pas d’un concept ethnocentrique dans la mesure où ils relèvent d’une histoire particulière, celle de l’Europe ? Les identités culturelles, (« essentialisées » pour le coup) ne doivent-elles pas bénéficier des protections qui leur assurent de perdurer ?

Ainsi raisonnent certains relativistes. Ils ne comprennent pas qu’à partir du moment où l’identité culturelle est comptabilisée parmi les droits de l’homme, elle les mine de l’intérieur. Des crimes odieux peuvent être considérés comme des faits de culture. A ce compte, la torture qui était pratiquée par la justice française jusqu’à la fin du XVIII° siècle, n’aurait pu être abolie. Fait de culture, vous dis-je !

Dans son livre, J’ai vu partout le même visage, François Zimeray, qui fut aussi notre ambassadeur itinérant pour les droits de l’homme entre 2008 et 2013, raconte. Ces femmes bosniaques qui réclament les os de leurs fils, afin de pouvoir mourir à leur tour. Cette employée philippine, enfermée depuis 7 mois dans un box de parking sous-terrain transformé en prison, à Beyrouth. Son crime ? Avoir fui de chez son employeur, qui la battait, la brûlait avec ses cigarettes. Son passeport confisqué, elle était devenue « sans-papiers ».

Au Burundi, on est obligé d’enfermer les enfants albinos, afin de les protéger. Car en Tanzanie voisine, leur peau, considérée comme un talisman, vaut des fortunes. Un petit garçon n’a plus de jambes. Son père les lui a coupées pour les vendre 100 dollars. Faut-il respecter ces coutumes rétrograde au nom de l’authenticité des cultures ?

Dans 70 pays, l’homosexualité est considérée comme un délit pénal, dans 9, comme un crime puni de la peine de mort. Au Cameroun, Zimeray se fait accuser par la vice-présidente de vouloir « pervertir l’Afrique par l’importation de valeurs coloniales ». Double peine : délit d’atteinte à la sacro-sainte « identité », plus délit d’ingérence dans les affaires intérieures d’un Etat souverain. L’un des militants des droits des gays qu’il défendait s’y fait massacrer : avant de le tuer, on lui a passé le visage et les mains au fer à repasser….

La mission d’un tel ambassadeur ? Veiller à ce que les portes de nos ambassades, habituées à frayer plutôt avec les dirigeants, soient aussi entrouvertes aux militants des droits de l’homme. Encourager la progression de ces droits à travers le monde. Cela passe par la création de la Cour Pénale Internationale, « dont l’existence doit beaucoup à la France ».

Mais il découvre aussi que les opposants victorieux d’une dictature peuvent se muer à leur tour en tortionnaires. Il n’y a pas de bonnes et de mauvaises victimes....

Ce sont ces expériences vécues qui conduisent l’ambassadeur à la bonne conclusion : les droits de l’homme n’appartiennent pas à l’Occident – à qui il arrive aussi de les violer, voyez Guantanamo. Ils n’opposent pas l’Occident moderne au Sud traditionnel. Il s’agit d’un conflit qui a lieu au sein de chaque culture. Il faut choisir son camp.

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