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Les films français sur leur marché

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A la fin de l’année dernière, on a cru ressentir une certaine morosité dans le milieu du cinéma français. Mais la fin de ce premier trimestre connaît un certain regain d’euphorie. Pensez donc : la part du cinéma made in France sur son propre marché, unique en Europe, avait grimpé à plus de 40 % en 2012, pour retomber à 31,5 en 2013. Voilà pour les chiffres que vous réclamiez tout à l’heure, Marc Voinchet. Mais enfin, ce n’est pas tous les ans que l’on tombe sur des films comme Intouchables ou Les Artistes. Pour couronner le tout, la Cour des comptes publiait en fin d’année un rapport très critique sur notre politique de subventions : trop d’argent à des films sans réel public.

Aucun film français n’a atteint les 5 millions de spectateurs en 2013. Une première. Le plus frappant, ce sont ces grosses machines, censées faire accourir le public, qui ont accouché de flops inquiétants pour la bonne santé du système de production. Des gens qui s’embrassent de Danièle Thompson, avec un budget de 14 millions d’euros, n’a fait que 142 000 entrées : 100 euros par spectateur ! Malgré Kad Merad et Monica Bellucci. Le Turf, seulement 380 000, malgré Alain Chabat, Gérard Depardieu et Edouard Baer en gros sur l’affiche.

C’est l’un des leçon que l’on peut tirer de cette mauvaise année 2013 : la présence de nos acteurs fétiches – les Kad Merad, Benoît Pelvoorde, Gérard Jugnot et autres Daniel Auteuil – ne suffit plus à assurer le succès d’un film. Il suffit que le bouche-à-oreille ne soit pas au rendez-vous, que les réseaux sociaux se montrent méprisants, et un film à gros budget s’effondre en deuxième semaine. D’où la question récurrente : puisque les grosses vedettes ne suffisent plus à faire les grosses entrées, méritent-elles encore leurs gros cachets ? D’autant qu’il semble bien qu’on assiste à la fin des marques et au triomphe des concepts.

La preuve ? Les garçons et Guillaume à table du subtil Guillaume Gallienne, César du meilleur film, standing ovation à la Quinzaine des réalisateurs, 2 millions 800 mille entrées en salle. Et surtout l’étonnant 9 mois ferme d’Albert Dupontel, le film aux 4 Césars de 2012, qui a attiré 2 millions de personnes. Dans les deux cas, il y avait une idée originale, une écriture, quelque chose de neuf.

Si le sourire semble revenir, cette année, c’est que certains films de ce premier semestre se sont vite envolés. Dany Boon remplit toujours aussi systématiquement les salles. Même si Supercondriaque n’est peut-être pas promis au record de Bienvenue chez les Chtis, avec ses 20 millions d’entrées, il a déjà franchi le seuil des 6 millions. Mais il y a aussi Les Trois frères, le retour, qui a dépassé les 3 millions en deux semaines, et l’incroyable succès du film de Philippe de Chauvron, Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu (6 millions d’entrées et auquel on en promet dix) parce qu’il s’attaque à un tabou : l’omniprésence du racisme dans toutes les composantes de notre société. Philippe de Chauvron qui avait cartonné avec L’élève Ducobu. Que prouve ce succès des comédies bien françaises, de ces satires pas très fines, mais très efficaces ? Que les Français ont envie de rire, en particulier e rire d’eux-mêmes ?

Que signifie l’apparent retour en grâce des « films du milieu », pas trop chers, un peu trop prudents ? Ceux que Pascale Ferran avait pourtant dit menacés lors de son fameux speech, aux Césars de 2007 ?

Que va-t-il se passer, alors que Canal vient d’annoncer sa volonté de resserrer le robinet à finances et de se montrer beaucoup plus exigeant sur les projets, avant d’accorder son feu vert ?

Sachant qu’un tiers seulement des films produits dans notre pays affichent un résultat financier positif, et donc que 70 % d’entre eux perdent de l’argent, faut-il revoir notre système, qui repose, rappelons-le, sur la taxation des entrées du cinéma américain et sur la participation obligatoire des chaînes de télévision à leur budget ?

Le Rapport Bonnel, au début de cette année, mettait en garde contre les bouleversements qu’allait introduire le numérique, avec notamment la vidéo on demand. Aujourd’hui, Netflix s’apprête à s’installer à nos portes. C’est tout l’équilibre du secteur qui va s’en trouver bouleversé. Notamment parce que les chaînes de télévision vont beaucoup souffrir et disposeront de moins d’argent. Comment réagir ? Faut-il produire moins de films ? Bref, les éternelles questions bassement matérielles… Mais le cinéma n’est pas qu’un art. D’ailleurs, la musique et le spectacle vivant, non plus.

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