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Les Français musulmans et l'Union sacrée

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Au début de la semaine, certains journalistes algériens mettaient en doute la réalité de l’enlèvement d’Hervé Gourdel, y voyant une rumeur propagée par les services secrets français afin de déconsidérer l’Algérie. Karim Bouali, d’Algérie patriotique, écrivait ainsi, de cette information, le 22 qu’elle était « trop rapide pour être vraie », d’après « les spécialistes des questions sécuritaires ». Il mettait les mots « disparition » et « enlèvement » entre guillemets, pour bien montrer le peu de foi qu’il fallait attribuer à ce qu’il disait être une rumeur. Il concluait, dans son article, je cite, à « une mise en scène », destinée à faire croire à une implantation de Daech en Algérie. Plusieurs commentaires de lecteurs de ce journal en ligne renchérissaient, mettant en cause une manipulation des dirigeants français « à la botte des sionistes, qui ont pris le contrôle de la France ».

J’espère qu’il a eu honte d’avoir répandu de telles sottises en découvrant, comme nous tous, l’assassinat de notre compatriote. En France, en tous cas, la réaction à cette abomination a été quasi unanime : c’est une guerre qui nous est déclarée. Nous nous déshonorerions si nous faisions semblant de ne l’avoir pas compris. Ces gens-là sont peut-être très redoutables, mais ils doivent savoir que notre pays a déjà eu à faire, dans le passé, à d’autres monstres, et qu’avec l’aide de ses alliés, il a su en venir à bout . Penser nous intimider, afin de dissuader notre gouvernement de poursuivre sa mission en Irak, s’avère un mauvais calcul. Aussitôt informé, le président de la République l’a affirmé : « La France vit une épreuve à travers l’assassinat d’un de nos compatriotes, mais la France ne cède jamais devant le chantage. Ma détermination est totale, et cette agression ne fait que la renforcer. » Une atmosphère d’union nationale souffle, depuis hier, sur le pays.

Et elle est renforcée par diverses initiatives prises par d’importantes autorités musulmanes, comme ce rassemblement appelé par le recteur de la Grande mosquée de Paris, cet après-midi. Des déclarations d’intellectuels, Français musulmans , réaffirment leur solidarité totale avec la République , à l'heure du danger. Dans une tribune collective publiée hier dans Le Figaro hier, on pouvait lire : « Nous Français de France et de confession musulmane, tenons à exprimer avec force notre totale solidarité avec toutes les victimes de cette horde de barbares, soldats perdus d’un prétendu Etat islamique et dénonçons avec la dernière énergie toutes les exactions commises au nom d’une idéologie meurtrière qui se cache derrière la religion islamique en confisquant son vocabulaire. »

Je m’étonne que ces prises de position suscitent l’agacement ou la colère de certains médias, qui les considèrent comme résultant de pressions exercées sur les Français musulmans. « Nous devrions nous interroger sur la petite satisfaction à voir un imam affirmer qu’il condamne l’égorgement d’un otage, comme si nous étions rassurés de constater qu’il y avait de « bons musulmans », comme s’il fallait que les musulmans prouvent qu’ils peuvent être bons, qu’ils prouvent qu’il y a un islam ouvert et tolérant », écrit ainsi, dans un français discutable, la rédaction de Rue 89.

Et de poursuivre par un sophisme : « On n’a pas demandé aux chauffeurs de bus de se désolidariser d’Emile Louis. » Mais, chère rédaction de Rue 89, Emile Louis n’a pas assassiné ses victimes au nom de l’Union CGT des chauffeurs de bus, tandis que Daech tue au nom de l’islamisme . Pourquoi déplorez-vous que des musulmans protestent que l’islam qu’ils pratiquent est entièrement étranger à celui dont se réclament ces monstres ?

Personnellement, je n’ai pas trouvé superflu qu’un pape présente ses excuses aux Juifs pour l’indifférence et la passivité manifestée par tant de chrétiens en face de la Shoah. Et si une bande de barbares se mettaient à torturer et à assassiner au nom de l’idée qu’ils se font du christianisme, je considérerais utile et nécessaire que les plus hautes autorités de cette religion, dans mon pays, fassent connaître leur dégoût. Et surtout qu’ils appellent dans leurs prêches du dimanche, leurs ouailles à ne pas aller rejoindre, sur place, ces barbares.

Une autre chose m’interpelle, sur laquelle j’aimerais avoir votre sentiment : des milliers de chrétiens irakiens, de Yézidis, de zoroastriens, de chiites, de Kurdes, ont été massacrés en Irak au cours des derniers mois. 200 000 Syriens ont été massacrés. Les fanatiques de l’EIIL se sont filmés en train d’égorger, de massacrer des rangées entières de prisonniers agenouillés, les mains liées dans le dos. Ils ont exhibés, hilares, les têtes de leurs victimes sur les réseaux sociaux. Nous savions tout cela . Ou peut-être ne voulions-nous pas le savoir ? Pourquoi a-t-il fallu que leur cruauté s’abatte sur l’un de nos compatriotes pour que l’émotion, le dégoût, la colère s’emparent enfin de nous ?

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