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Les frontières de l'UE sont poreuses

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On a entendu bien des approximations et des naïvetés depuis le début de la crise des migrants ! L’Europe riche et égoïste aux malheurs du monde, l’Europe transformée en « forteresse ». Rien ne pouvait être plus éloigné de la vérité que ce discours culpabilisateur, par lequel le locuteur cherche à manifester sa propre générosité. On le découvre avec stupeur à l’occasion de l’enquête menée par les services français sur les terroristes du 13 novembre. Schengen n’est pas une forteresse. C’est une passoire .

Dès les lendemains des attentats-suicides aux abords du stade de France, on apprenait qu’un passeport syrien, établi au nom de Mohammad Al-Mahmod avait été retrouvé à proximité des restes de l’un des kamikazes. Il s’agit très probablement d’un faux, a-t-on dit. Sans doute. Un très grand nombre de faux passeports syriens sont présentés par les demandeurs d’asile en Europe. C’est celui qui confère, non sans de bonnes raisons, les meilleures chances d’obtenir le droit d’asile. Mais comment vérifier leur authenticité ? Comment s’assurer que ne se sont pas glissés, parmi ces réfugiés, des terroristes de Daech, rentrant ainsi en Europe, après un stage en Syrie, en passant sous nos radars ?

Tel est le cas de "Mohammad al-Mahmod ". Il a bien été contrôlé sur l’île grecque de Léros, en provenance de Turquie, avant d’embarquer vers le port du Pirée d’où il a pu s’infiltrer en Serbie, en accompagnant le flot des migrants qui se dirigent vers l’Europe occidentale. Avec lui, sur cette île de Léros, il y avait un autre kamikaze du stade de France, lui aussi porteur d’un passeport syrien, établi au nom de "Ahmad al-Mohammad ".

Samy Amimour , l’un des tueurs du Bataclan, a combattu dans les rangs de Daech en Syrie. Lui aussi est rentré Belgique, vraisemblablement par la Grèce.

Abdelhamid Abaaoud , le prétendu « cerveau » des attentats s’est vanté, dans le magazine de Daech d’avoir pu « aller et venir en Europe malgré le fait d’être pourchassé par tous les services de renseignement ». En provenance de Syrie, il a pris tranquillement l’avion Istanboul-Athènes, d’où il a rejoint Bruxelles , alors qu’il fait l’objet d’un mandat d’arrêt international.

« Il y a eu des failles dans l’ensemble du système européen », a accusé Laurent Fabius. Le gouvernement français est très mécontent de la manière dont fonctionne la surveillance de l’espace Schengen. Ce sont les services marocains qui ont informé la France de la présence de d’Abaaoud en Grèce. Et non un pays européen. Les échanges d’informations entre Etats européens ont été insuffisants. Et le Parlement européen a bloqué, durant des années, la création d’un fichier européen des passagers aériens PNR sur le modèle américain, au nom de la défense des libertés individuelles.

Dans Utopie et désenchantement, Claudio Magris écrit : « Toute frontière a quelque chose à voir avec l’insécurité et avec un besoin de sécurité. La frontière est une nécessité , puisque sans elle, c’est-à-dire sans distinction, il n’y a pas d’identité, il n’y a pas de forme, il n’y a pas d’individualité, et il n’y a même pas d’existence réelle, puisqu’elle est aspirée dans l’informe. La frontière constitue une réalité, elle donne des contours et des traits, elle construit l’individualité personnelle et collective, existentielle et culturelle. La frontière est forme et par là même, art. »

Claudio Magris : Utopie et désenchantement, p. 78, 79)

Les frontières de l'Europe
Les frontières de l'Europe Crédits : UE - Radio France

Les Etats ont le devoir de contrôler leurs frontières extérieures, afin d’assurer la sécurité de leurs populations. Nous avons délégué cette responsabilité aux pays-frontières de l’espace Schengen. Il est clair que certains pays, la Grèce en particulier, ne sont en mesure d’assumer cette responsabilité. Les Hollandais réfléchissent à l’éventualité de créer, avec les Allemands, les Autrichiens et le Bénélux, un « Mini-Schengen », fermé sur lui-même. D’autres envisagent une exclusion de la Grèce de l’espace Schengen. La France, quant à elle, maintient un contrôle à ses frontières « aussi longtemps que la menace terroriste le nécessitera ».

Les ministres de l’Intérieur des 28 semblent avoir accepté l’essentiel des exigences françaises. Pourrons-nous bientôt compter sur l’Union européenne pour protéger nos frontières communes ?

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