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Les grandes oreilles d'Obama

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Lorsque Barak Obama a succédé à George W Bush , bien des gens à travers le monde, ont imaginé que la conduite des Etats-Unis sur la scène mondiale allait s’en trouver radicalement modifiée. Les jurés se sont empressés de lui décerner le Prix Nobel de la Paix , sur la base de son fameux Discours du Caire, qui semblait promettre une nouvelle ère de compréhension entre les Etats-Unis et le monde musulman.

Il ne faut pas sous-estimer les changements stratégiques opérés par la nouvelle administration américaine : ils ont été nombreux, mais ils ne correspondent pas aux espérances des militants européens des droits de l’homme. Washington a, certes, « pivoté » du Moyen Orient vers la Chine et l’Asie, mais n’a pas, pour autant, renoncé à la guerre contre le terrorisme . Simplement, il y consacre d’autres moyens, moins coûteux que les projections massives de troupes vers l’Afghanistan et l’Irak. L’élimination ciblée d’ennemis présumés par des drones , en particulier - dont la légalité est pour le moins discutable. Obama n’a pas fermé non plus le camp de détention de Guantanamo , où 166 personnes, soupçonnées d’activités terroristes, se trouvent, là encore, dans une zone de non-droit.

Obama n’a pas renoncé non plus aux deux programmes d’écoute et de surveillance, autorisés par le Patriot Act de 2001, dont l’existence et l’importance ont été révélées par le Guardian et le Washington Post. Comme Bush avant lui, il a considéré que ces moyens extraordinaires d’espionnage des conversations privées étaient moins coûteuses que les tentatives d’infiltrer les réseaux terroristes par la CIA. La semaine dernière, le Huffington Post mettait en ligne une photo-montage mêlant dans la même image les portraits de George W Bush et de Barak Obama, légendée George W Obama…

On sait les Américains très sensibles aux atteintes à la « privacy », à l’intimité et à la vie privée. Lointain souvenir de la Guerre d’Indépendance, au cours de laquelle les soldats du roi d’Angleterre obtinrent le droit de fouiller les demeures des particuliers sans mandat. Mais ils sont également très mobilisés dans la lutte contre la menace terroriste. Aussi, d’après un sondage du PEW Institute, 56 % des Américains estiment que les programmes de surveillance des communications sont un moyen « acceptable » de lutte contre le terrorisme.

La heritage Foundation, un think américain conservateur, estime à environ 50 le nombre d’attaques terroristes, qui auraient été déjouées par les autorités américaines sur leur propre sol. Beaucoup, prétend l’administration Obama, ont pu être évitées parce que les autorités interceptent les communications, surveillent les échanges téléphoniques et lisent les e-mails.

Les poids lourds démocrates au Congrès non seulement défendent ces pratiques, mais exigent, comme la sénatrice Fianne Feinstein, présidente de la Commission du renseignement au Sénat, l’extradition de la « taupe », Edward Snowden , accusé de mettre en danger la sécurité des Etats-Unis. Les démocrates défendent leur président, en arguant de ce que cette surveillance porte sur les « métadata » et non sur les conversations individuelles et qu’elles ont lieu sous le contrôle de la justice.

Mais les milieux intellectuels de la droite libérale et libertarienne, font une tout autre analyse, et comme la gauche libérale, condamnent absolument ces pratiques qu’ils n’hésitent pas à comparer à ceux de la Stasi communiste. Ainsi, le sénateur républicain Rand Paul , a annoncé le lancement d’une action en justice contre l’administration Obama pour atteinte aux libertés publiques via le programme PRISM. On assiste d’ailleurs à une espèce d’éclatement du parti Républicain sur cette affaire. D’un côté, les champions de la sécurité nationale à tout prix, comme McCain , de l’autre, les défenseurs des libertés civiles, comme Rand Paul. Ce sont ceux-ci qui ont le vent en poupe…

Et en France, qu’en est-il ? Où sont les partisans de la sécurité ? Où sont ceux de la défense de la vie privée ?

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