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Plus un parti est sectaire, plus le lien d'allégeance envers les dirigeants est strict

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La classe politique nous fait la loi et la morale. Mais le mode de vie de ses dirigeants est trop souvent en parfait décalage avec les discours et les proclamations publique.

Hé oui, le milieu politique a été, durant des siècles, dans notre pays, une réserve d’hommes. L’universalité du suffrage, décidée par la Révolution de 1848, excluait les femmes et les militaires. La loi constitutionnelle de 1875 qui stabilisa la République, proclamée par Léon Gambetta au balcon de l’Hôtel de Ville de Paris, dès la défaite de 1870, persista à écarter le suffrage féminin. Nos ancêtres républicains se méfiaient de l’influence des curés sur leurs paroissiennes. La création des partis, entre la fin du XIX° et le début du XX° siècle, fut, comme bien d’autres activités, une affaire purement masculine. Le droit de vote ne devint véritablement universel dans notre pays qu’à la Libération, en 1944.

Mais l’arrivée en nombre des femmes en politique est bien plus récente. Tout le monde se souvient de la présence de Simone Veil dans le gouvernement Chirac de 1974, mais on a oublié que sur les 16 ministres d'alors, elle était la seule femme. Il y avait bien trois autres femmes, dont Françoise Giroud, mais elles comptaient parmi les Secrétaires d’Etat. François Mitterrand lui-même, qui fut pourtant le premier président de la République à installer une femme à Matignon, Edith Cresson, ne leur fit pas la part belle dans le cabinet Mauroy de 1981. C’est seulement en 1995, dans le gouvernement Juppé, que les femmes firent une arrivée spectaculaire. Depuis la loi du 6 août 2012 pour l’égalité réelle, le principe de la parité a acté le principe d’une égalité complète. Elle a été respectée dans les gouvernements Ayrault et Valls.

Dans ces conditions, on peut se demander si les comportements inappropriés de certains hommes politiques ne sont pas, en effet, une manière inconsciente de revendiquer leur vieux monopole sur la direction des affaires publiques. Une façon de renvoyer les femmes d’un univers encore conçu comme purement masculin.

Les élus se sont pourtant intéressés au harassement sexuel dans le cadre de l’entreprise. La définition législative telles qu’elles ressortent de la loi L1153-1 du Code du travail : des propos ou comportement à connotation sexuelle répétés, créant une situation intimidante, hostile, ou offensante » est assez vague. La preuve : bien qu’un pourcentage impressionnant de salariées (une sur cinq !) reconnaît avoir été l’objet de comportements de ce type au travail, le nombre d’affaires instruites au pénal est faible ; celui des condamnations réellement prononcées, ridicule. Une dizaine par an.

On connaît des cas où le coupable s’est retourné contre son employeur et a obtenu compensation financière devant les prudhommes…. Comment prouver la réalité matérielle d’un attouchement qui a eu lieu sans témoins ? Dans la plupart des cas, le supérieur hiérarchique prévenu du comportement sexiste d’un de ses subordonnés – il s’agit très souvent de récidivistes – se contente d’une admonestation. Alors que sa propre responsabilité est engagée.

Que des gens qui votent les lois ne les respectent pas nécessairement eux-mêmes ne constitue pas une révélation. On a vu, dans un passé tout récent, un ministre du Budget, se proclamant champion de la traque aux fraudeurs, obligé d’admettre qu’il avait dissimulé, dans un paradis fiscal, sa propre fortune…

Mais certains comportements érotiques inacceptables s’expliquent peut-être aussi par ce que Max Weber dit du pouvoir charismatique. Le chef charismatique, dit Weber, dans Le savant et le politique, agit au sein d’une communauté émotionnelle qui lui voue une fidélité particulière. Plus le parti se considère comme marginal, plus il a des allures de secte, plus le lien d’allégeance exigé des adeptes est strict. On n’ira pas répéter au-dehors ce qu’on a subi. « Tu ne vas pas trahir ta famille politique ! Nos adversaires nous guettent » Le chef charismatique est imprévisible, dans la distribution des faveurs et des disgrâces. Comme le gourou, son charisme se nourrit de son excentricité, de son imprévisibilité. On subit ses caprices sans bien réaliser que ce fameux charisme n’est dû qu’à son pouvoir. Que celui-ci disparaisse, il ne reste qu’un vulgaire obsédé sexuel, une marionnette des Guignols.

Ce qui est intéressant dans le grand déballage qui ne fait sans doute que commencer, c’est que l’alliance entre femmes humiliées se noue par-dessus les clivages partisans. L’omerta est brisée. C’est aussi une preuve nouvelle et supplémentaire du délitement des partis politiques. Ils constituent de moins en moins des chapelles, cristallisées autour de ces religions séculières qu’étaient les grandes idéologies. Ce ne sont que des regroupements d’intérêt de carrière assez faiblement liés entre eux, bien plus ouverts que par le passé, du coup, sur le monde extérieur. Le temps des partis « contre-sociétés » s’éloigne. Et c’est pourquoi les sales petits secrets ne sont plus couverts par la loi du silence. Qui s’en plaindrait ?

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