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L'Union européenne, homme malade de la communauté internationale

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On ne peut plus continuer à voguer au fil de l'eau, sans s'être mis d'accord sur un cap. Sinon, nous finirons en proie des ambitions impériales.

Bien sûr, la crise que traverse l’Europe n’est pas réservée à notre continent vieillissant et fatigué de son histoire. Sur la quasi-totalité des démocraties de la planète, souffle, ces jours-ci, un vent mauvais. On assiste, comme l’écrit l’économiste Charles Wyplosz, à une « révolte mondiale des sans-grade ». Un phénomène déjà relevé dans le passé, après les graves crises financières. Celles-ci sont attribuées à la connivence des élites économiques et politiques. Surtout lorsque, comme ce fut le cas en 2008, les gouvernements et les banques centrales sont contraints de courir au secours des principaux responsables de cette crise – les banques elles-mêmes.

En outre, aux Etats-Unis, comme en Europe, de larges secteurs de la population sont exaspérés de voir les emplois industriels disparaître du fait des délocalisations. C’est même la cause principale du succès de Donald Trump aux primaires républicaines.

Pourtant, le chômage n’est pas l’unique cause du malaise. Il est très faible en Allemagne et en Autriche. Or, les élections autrichiennes du 22 mai vont probablement porter à la présidence de ce pays le candidat du parti nationaliste FPÖ. En Allemagne, l’Alternativ Für Deutschland, à 13 % dans les intentions de vote, est sur le point de rattraper les Verts. Au Royaume-Uni, où le chômage n’est pas non plus un problème, on risque d’assister au premier accroc sérieux dans le patient tricotage européen.

En Europe, s’ajoute manifestement une dimension supplémentaire.

Habituée par notre histoire à anticiper les évolutions qui allaient se produire sur les autres continents, nous nous sommes imaginés à nouveau à l’avant-garde de l’humanité. L’Union européenne s’est prise pour modèle d’une organisation politique destinée à s’étendre, par contagion géographique et intellectuelle, au monde entier.

Partout, mais de manière progressive, croyait-on, les vieilles nations, porteuses de rivalités et de haines ancestrales, allaient faire place à des ensembles régionaux intégrés. Partout, la création de zones commerciales homogènes devait entraîner une régulation de la concurrence par le droit. Partout, des agences spécialisées, par leur surveillance experte et des Cours de justice, par leur jurisprudence innovatrice, renforceraient la cohérence de l’ensemble. Surtout pas de politique ! Une machinerie extrêmement complexe, mais ultra-rationnelle, allait nous propulser vers une post-modernité apaisée. Surtout pas de culture ! Et le moins d’histoire et de géographie possible ! Les souvenirs et les frontières divisent. « Nous sommes une communauté de valeurs », répétions-nous. Mais ces valeurs sont celles que proclame l’Organisation des Nations-Unies. Elles ne suffisent pas à définir une identité européenne.

Et, de fait, les choses ne se sont pas passées comme nous l’imaginions au tournant des XX° et XXI siècles. Nos rives ne font guère rêver que les désespérés. Et l’Europe pourrait bien figure de nouvel « homme malade » de la communauté internationale et de proie pour les ambitions impériales.

Joschka Fischer, l’une des rares têtes politiques authentiquement européennes le reconnaît dans un article : « les dirigeants européens ont choisi de laisser la réalité des différentes crises faire le travail à leur place, en s’en remettant à la force des choses », écrit-il. On a fait de la « gestion de crise », en répondant au coup par coup, sans disposer d’aucune stratégie d’ensemble. On a piloté à vue, au gré des éléments, sans s’être mis d’accord sur un cap.

Et l’ancien ministre vert allemand des Affaires étrangères, de poursuivre sur un ton dramatique : « les choses ne peuvent plus continuer de la sorte. L’enjeu est trop important : il s’agit de l’avenir de notre continent dans un monde en rapide évolution. » Oui, l’histoire, repartie au galop, ne nous attend pas. Le risque d’être déclassé, oublié par la marée sur le sable, est une réalité.

Et Joschka Fischer de plaider pour la négociation, au lendemain du référendum britannique qu’il souhaite favorable au maintien dans l’Union, d’un « grand compromis renouvelé ». Il devrait porter sur l’intégration effective de la zone euro ; sur la protection des frontières extérieures de l’UE et comporter une politique claire et assumée de l’immigration.

Le repli national n’est pas la solution. Mais l’Union européenne ne peut continuer à dériver comme elle le fait depuis trop longtemps. Peut-être par manque, à sa tête, de personnalités possédant un minimum de sens de l’histoire.

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