LE DIRECT

Les Idées claires : Mardi 26 janvier 2016

4 min
À retrouver dans l'émission

4° révolution industrielle, moins 5 millions d'emplois

Quand on vous dit que l’histoire accélère, qu’elle a mis le turbo ! Nous avons à peine eu le temps de nous accoutumer à la 3° révolution industrielle, celle d’internet, que nous voici confrontés, en effet, à cette 4°, qu’on nous annonce. 

La première celle de la machine à vapeur, propulsée au charbon, sur une idée de James Watt, en 1774, en Angleterre. Elle s’est déployée sur plus d’un siècle, celui des chemins de fer et des bateaux à vapeur. La deuxième, celle des grandes industries et de la production de masse avait pour énergie l’électricité. Elle a marqué la quasi-totalité du XX° siècle. La 3°, ce fut, rappelez-vous, l’expansion universelle des nouvelles technologies de l’information et de la communication ; le branchement du téléphone sur les ordinateurs et leur raccordement au réseau internet. Entamée dans les années 80, elle n’a pas encore produit tous ses effets qu’on nous menace d’une 4° révolution industrielle.

De quoi s’agit-il ? D’une combinaison dont on ne sait encore précisément ce qui va s’ensuivre de plusieurs technologies émergentes : biotechnologies, intelligence artificielle, Big Data, internet des objets, imprimantes 3D, robotique de nouvelle génération. Ce que l’on sait, via le témoignage des acteurs de l’économie déjà lancés dans la course, c’est que cela aura des répercussions inimaginables sur nos façons de travailler. 

C’est ce qu’explique Pierre Nanterme, le patron d’Accenture, un groupe de 380 000 personnes, dans une interview au Nouvel Economiste. Cette 4° révolution implique la collaboration généralisée : entre le client et le fournisseur qui devra collecter suffisamment de données et savoir les traiter pour procurer produits et services sur-mesure. Mais plus encore, au sein des sociétés, où les équipes fonctionneront toujours plus par projets, de manière transversale. « Tout le monde a besoin de travailler en groupe, car personne n’a les moyens de comprendre cette révolution seul », dit Pierre Nanterme. Les deux domaines qui seront concernés en premier sont la santé et les services publics. Diagnostiques, traitements seront de plus en plus pris en charge par des algorithmes. Quant aux services publics, ils fonctionnent selon des règles précises et des méthodes codifiées : nombre de tâches exécutées par des agents seront prises en charge par des algorithmes. 

Lisez à ce sujet les travaux d’Elisabeth Lulin sur « l’action publique algorithmique », qui nous promet une fonction publique allégée, et une co-production des services en collaboration avec les usagers eux-mêmes. L’action publique deviendra, écrit-elle, « personnalisée, prédictive, préventive, participative ».

D’importantes économies de personnel sont à en attendre. Bonne nouvelle pour les contribuables. Mauvaise nouvelle pour l’emploi.

Les experts estiment, en effet, que la moitié des métiers actuels auront disparu dans 20 ans. Le World Economic Forum est d’une précision diabolique : d’ici 2020, la 4° la révolution aura créé 2 millions d’emplois dans les pays industrialisés, mais elle en aura détruit 7 millions…. Il s’agit bien d’un ensemble de technologies perturbatrices, au sens que décrivait Joseph Schumpeter. Au point que sont relancées les interrogations sur l’avenir de la classe moyenne…. Si des robots et des algorithmes exécutent mieux que nous les tâches complexes pour lesquelles nous nous sommes formés, qu’allons-nous devenir ?

Dans Capitalisme, socialisme et démocratie, Schumpeter écrit que des révolutions industrielles provoquent régulièrement des changements majeurs du capitalisme : ce peut être de nouvelles formes de production (comme l’a été l’usine mécanisée, ou aujourd’hui l’économie collaborative et les plateformes), l’introduction de nouveaux biens (hier, les services ferroviaires, l’automobile, ou l’électroménager, aujourd’hui les imprimantes 3D et les objets connectés), de nouvelles sources d’énergie, ou encore l’ouverture de nouveaux marchés. 

Lorsque ces nouveautés sont introduites, disait Schumpeter, elles amènent la prospérité. En fin de cycle, c’est la dépression. Entre les deux (« période d’adaptation »), le chômage s’élève. Mais chacune se traduit, ajoutait-il, par une amélioration des conditions d’existence concrète des gens. Mieux encore : toute avancée de la législation sociale résulte directement de la création de richesses engendrée par l’une de ces révolutions dans le capitalisme. Espérons-le !

Bibliographie

Capitalisme, socialisme et démocratie

Capitalisme, socialisme et démocratiePayot. Collection Bibliothèque historique

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......