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Cinéma : l'effet du numérique sur la distribution et l'exploitation en salle

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Le passage au numérique permet plus de souplesse dans la programmation. Mais favorise-t-il la diversité ?

Le dernier numéro de la revue Positif comporte un solide dossier sur l’état de la distribution et de l’exploitation en salle du cinéma dans notre pays. Dans ce domaine, comme dans toutes les autres industries culturelles, le numérique a provoqué des transformations ; et ce n’est pas terminé.

D’abord un constat : depuis la fin de 2013, toutes les salles de cinéma de France sont numérisées. Y compris les petites salles rurales, généralement soutenues par les collectivités territoriales. C’est un beau succès, auquel le CNC a largement contribué par des aides financières et techniques. Il s’agissait pourtant d’un défi de taille, dans la mesure les investissements nécessaires étaient lourds. Nous disposons, en effet, du beau parc de cinémas et d’écrans d’Europe, avec 2 000 cinémas pour 5 600 écrans (l’Allemagne n’en compte que 1 630 et le Royaume-Uni, 743). Sur ce total, les 191 multiplexes représentent à eux seuls 60 % des entrées.

Le numérique est évidemment un facteur de souplesse. Dans l’ancienne économie de la distribution, chaque copie supplémentaire argentique d’un film aggravait ses coûts de production. Aujourd’hui, les coûts de tirage sont faibles. Et l’opérateur le reçoit sous forme de fichiers. Plusieurs avantages : alors que certains exploitants devaient attendre leur copie d’une autre salle, aujourd’hui, le chargement se fait en un clic. Les films en v.o. étaient distincts des films en v.f. Il fallait donc deux bobines à l’exploitant qui souhaitait présenter les deux versions. Aujourd’hui, l’opérateur a le choix de l’une ou de l’autre, en fonction des attentes du public.

Mais cette souplesse se répercute sur la programmation : les films, mis à l’affiche, chaque semaine, ont beaucoup moins de temps qu’auparavant pour trouver leur public. En effet, les exploitants, qui s’engageaient souvent autrefois sur des programmes de trois semaines, n’hésitent pas aujourd’hui à retirer un film de l’affiche au bout d’une seule si les entrées ne sont pas au niveau espéré. Et cette rotation accélérée oblige les distributeurs qui veulent soutenir leurs productions à augmenter les budgets de promotion. En contrepartie, le numérique permet d’exploiter un film qui s’est trouvé un petit public plus longtemps, sur des créneaux horaires particuliers, en complément d’un autre film.

Ce système épouse le comportement du public, qui consomme du cinéma, comme il consomme de la musique – de manière frénétique, une œuvre chassant l’autre. Dans les années 60, un film réalisait les ¾ de ses entrées en trois mois ; aujourd’hui, c’est en trois semaines. Comme l’écrit dans Positif, Frédéric Forest, on est dans une logique de flux (douze nouveaux films en moyenne par semaine) et non plus de stock. Et ça ne favorise pas la cinéphilie. La meilleure preuve, c’est la concentration du succès sur un petit nombre de films. Si 500 nouveaux titres ont été proposés au public, l’an dernier, seulement 20 d’entre eux ont raflé 40 % des entrées. La moitié des films les moins vus n’ont fait que 1% des tickets. Comme dans la musique encore, la souplesse de programmation créée par le numérique favorise la concentration du public sur quelques blockbusters. Le succès crée le succès. Où est la diversité, qu’on essaie d’encourager ?

Dans une récente étude, le think tank Génération Libre montre que les revenus de l'offre en ligne ne cessent d'augmenter. Du coup, certains commencent à se demander si la sortie en salle doit rester l’unique débouché que doivent viser tous les films. Certains d’entre eux pourraient accéder directement à d’autres supports – DVDs ou Vidéo à la demande, être mis en ligne sur les plateformes de diffusion. D’ores et déjà, certaines de ces plateformes diffusent des films américains qui ne sont jamais sortis chez nous en salle. Mais cela risque de poser la question de la chronologie des médias. D’autres films, conçus pour les chaînes de télévision et financés par elles pourraient s’épargner des sorties en salles qui ne font qu’engorger le secteur.

Le public des salles de cinéma vieillit-il ? Les jeunes préfèrent-ils les écrans domestiques ? On le dit parfois, mais ce n’est pas l’avis de la présidente du CNC. Selon Frédérique Bredin, les 20-24 ans ont retrouvé le chemin des salles qu’ils fréquentent en moyenne 6 fois par an. Davantage que le reste de la population. La formule de la carte d’accès illimité a sans doute permis de fidéliser une nouvelle génération de cinéphiles dont on peut espérer qu’elle restera fidèle au cinéma pour le reste de sa vie.

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