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Pays arabes : une société dynamique bridée par la malgouvernance

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La Tunisie reste le fanal des espérances d'après un sondage auprès des élites arabes, mené par la Fondation Carnegie.

Le think tank américain Carnegie Endowment for Peace a fait un réaliser un sondage sur la gouvernance dans les pays arabes auprès des élites politiques, économiques et intellectuelles du monde arabe. Un échantillon de personnalités a été amené à classer les différents pays selon la qualité de leur gouvernance.

Eh bien, c’est la Tunisie qui arrive très largement en tête. Malgré la crise économique qui frappe ce pays, dépourvu d’hydrocarbures, et menacé par le terrorisme à sa frontière, malgré les tensions sociales, chacun salue la poursuite opiniâtre de l’expérience démocratique. Quand tant d’autres semblent avoir tourné le dos aux idéaux émancipateurs des Printemps arabes, la Tunisie est, selon Marwan Muasher, vice-président de Carnegie et ancien vice-premier ministre de Jordanie, « le fanal des espérances ». « Le dialogue national qu’elle a lancé est un premier pas, indispensable à la solution de ses maux. »

Si le Maroc figure en deuxième position, c’est que les élites arabes considèrent que la transition de ce pays vers la démocratie, qui se fait de manière graduelle et contrôlée, est également une réussite. Elle assure au Maroc une stabilité que nombre de ses voisins lui envient et lui vaut une réussite économique appréciable.

On remarque, par contre, la contre-performance de l’Algérie, placée en queue de peloton, juste devant les Etats du Golfe et l’Irak, en proie au chaos.C’est sans doute à ce pays que songe Marwan Muasher, lorsqu’il écrit : « les systèmes rentiers, fondés sur la vente du pétrole, sont en perte de vitesse, en raison de la chute des prix de l’énergie, ces deux dernières années. » Et de lancer un avertissement : si ces pays rentiers ne réforment pas rapidement leur système économique, « ils devront affronter la colère de leur population. » L’Algérie, dotée d’une jeunesse nombreuse et éduquée, souffre d’un chômage endémique. Et la chute des cours du pétrole ne permettra pas bien longtemps le maintien d’un système clientéliste qui a permis, à un pouvoir déliquescent, d’acheter la paix sociale.

Doit-on considérer les Printemps arabes comme une parenthèse qui s’est refermée, après que l’expérience démocratique du plus important des pays arabes, l’Egypte, ait capoté, suite à la victoire électorale d’un parti islamiste, et provoqué le retour au pouvoir des militaires ? Marwan Muasher ne le croit pas, qui reste optimiste quant à l’avenir.

Après tout, fait-il observer, le Printemps des peuples qui secoua l’Europe en 1848, fut écrasé partout. Et c’est exact. Le soulèvement hongrois, dirigé par Kossuth, fut réprimé par la Russie. Les intellectuels tchèques du Congrès slave furent massacrés par les troupes autrichiennes et les survivants durent s’exiler. Tiens, parmi eux, un certain Antonin Dvorak… Sa symphonie du Nouveau Monde est imprégnée de la nostalgie du pays natal – ce qui n’est pas souvent compris… Le soulèvement de Vienne fut maté. Et souvenons-nous comment, chez nous, en France, la Révolution de février 1848 finit sur les tragiques « journées de juin » de la même année, au cours duquel le gouvernement républicain fit tirer sur les ouvriers révoltés.

Mais l’esprit de 1848, - libéralisme politique et principe des nationalités - finit tout de même par triompher en Europe progressivement au cours des années suivantes. Il le dut, selon Murwan Muasher, au progrès technique qui rendait les anciennes formes de domination obsolètes.

« Un processus du même ordre est en train de se produire dans le monde arabe », écrit-il. La jeunesse des pays arabes est connectée (240 millions de personnes, surtout les jeunes ont accès à internet). Comme on avait pu s’en rendre compte lors des Printemps, ils développent, parfois dans les marges du système, des activités économiques en phase avec la modernité mondialisée. Ces évolutions sont « largement passées inaperçues des pouvoirs publics » dans la mesure où leurs auteurs ont appris à se passer d’eux. Ils travaillent en dehors des structures traditionnelles, nouent des relations horizontales dans des sociétés encore fortement hiérarchisées.

Aujourd’hui, nombre de pays arabes souffrent d’une gouvernance désastreuse – « autoritarisme, corruption, systèmes éducatifs désuets, chômage ». Les systèmes politiques sont simplement en retard sur l’évolution des sociétés. Car celles-ci sont jeunes et dynamiques. Nous autres, en Europe, avons sans doute tort de nous focaliser sur des épiphénomènes comme le soi-disant Etat islamique – modèle qui ne fait guère rêver et qui est manifestement en recul. Le vrai défi du monde arabe, c’est la modernisation de ses institutions.

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