LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Les moyens de se défendre ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Faisant le bilan de votre action à la tête du ministère des Affaires étrangères, vous avez été questionné par un journaliste sur le programme du candidat François Hollande. Votre réponse fut cinglante. Je vous cite : « En matière de politique étrangère, son discours est un mauvais copier-coller de ce qu’a fait Nicolas Sarkozy en cinq ans. Il y a chez lui une absence de toute idée nouvelle, à l’exception de l’Afghanistan, dont un retrait précipité de nos troupes serait techniquement impossible et militairement déshonorant. »

Après tout, que la diplomatie de notre pays soit peu dépendante des changements de majorité peut s’avérer rassurant : les intérêts nationaux et les alliances ont leur pesanteur propres . Ce sont les changements de cap qui peuvent inquiéter. Nicolas Sarkozy avait décidé d’engager l’aviation française pour sauver Benghazi on se souvient de son triomphal bain de foule, sur place de septembre 2011, des milliers d’habitants scandant « one, two, three, viva Sarkozy ! » Tout récemment, François Hollande a engagé des troupes au sol au Mali , afin de chasser les groupes armés islamistes qui, s’étant emparés du Nord du pays, menaçaient de descendre vers le Sud. Là aussi, scènes de liesse populaire, pour l’accueil de François Hollande, accueilli en sauveur par la population début février à Tombouctou, comme « l’ange qui arrête la calamité ».

Ces deux interventions militaires ont sans doute permis de sauver des populations civiles et elles ont certainement redoré le prestige de la France. Mais elles risquent de renforcer, chez les Français, une dangereuse illusion, celle de compter encore parmi les puissances mondiales, de celles qui ont la capacité de projeter des forces aux quatre coins de la planète, lorsque leurs intérêts y sont gravement menacés. Illusion que « les élites française cultivent jusqu’à l’obsession », écrivait Zbigniew Brzesinski , citant pour preuve le discours devant l’Assemblée nationale d’un premier ministre français, nommé Alain Juppé, dans un livre publié en 1997, Le Grand Echiquier …. « Les ambitions internationales de la France se sont aussi manifestées en Afrique, où en déployant beaucoup de moyens, la France s’est octroyée un rôle déterminant dans la sécurité de la plupart des pays francophones », écrivait le même auteur, ancien Conseiller à la sécurité du président Carter.

Nous avons trouvé les moyens de secourir les Libyens et les Maliens. Plus ou moins, car il a fallu faire appel aux moyens américains de repérage au sol, dans le premier cas, et ils nous ont été fournis assez facilement. Dans le second, Washington nous a fourni les moyens de reconnaissance qui nous font défaut (des drones, en particulier), mais a menacé de nous facturer l’usage de ses avions de transports C-17… Une manière de rappeler l’exigence des Américains de voir l’Europe assumer davantage le prix de sa propre défense dans un monde qui redevient dangereux.

Ces opérations extérieures ont mis en évidence un certain nombre de carences : drones, moyens de transports, avions ravitailleurs. Cette année, le budget de la Défense représente 1,56 % du PIB . C’était le double, 3 %, au début des années 80 et jusqu’à 5 %, lorsque le général de Gaulle était président de la République.

Le Livre Blanc de la Défense, dont la publication ne cesse d’être retardé et la Loi de programmation militaire 2014-2019 , font l’objet d’âpres négociations entre le ministre Jean-Yves Le Drian et son collègue du Budget – Jérôme Cahuzac, puis Bernard Cazeneuve. Bercy voudrait que les armées prennent leur part de l’effort d’économies que l’Etat annonce vouloir s’imposer l’an prochain. Certains estiment que toute nouvelle réduction des budgets amènerait notre outil de défense au point de rupture. Ils mettent en avant aussi le rôle que joue notre industrie d’armement dans notre balance commerciale : nous avons perdu, l’an dernier notre 3° place mondiale dans ce domaine, au bénéfice de l’Allemagne.

Alors que le gouvernement éprouve de grandes difficultés à atteindre l’objectif d’un déficit public inférieur à 3 % du PIB, pensez-vous que la Défense devrait échapper à la rigueur ?

L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......