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Les mutuelles, payeurs aveugles

3 min
À retrouver dans l'émission

Voilà comment je vois les choses.

L’accord signé le 25 octobre pour encadrer les dépassements d’honoraires ne satisfait, finalement, personne . Le médecin spécialiste en secteur 2 (comme 40 % de ses confrères) est gentiment invité à ne pas facturer plus de 150 % du tarif Sécurité sociale, soit 70 Euros la consultation avec des exceptions pour certaines zones géographiques, dont Paris, où il pourra demander davantage. Les signataires de l’accord s’engagent à geler leurs honoraires pendant 3 ans.

Mais les représentants des médecins estiment que c’est un pas accompli dans la direction d’une sortie du système libéral, ce dont ils ne veulent à aucun prix. Car si l’exercice de la médecine est libéral, les praticiens devraient pouvoir fixer comme ils l’entendent le montant de leurs actes. Les dépassements d’honoraires représentent une facture de 2 milliards et demi d’euros par an. Ils sont surtout le fait de certaines spécialités : chirurgie, obstétrique, ORL, ophtalmologie.

Mais les patients ont encore moins de raisons de se réjouir . D’abord, parce que l’accord, qui ne vise qu’une « stabilisation des tarifs » n’est pas vraiment contraignant pour les praticiens. Ensuite, parce que notre système de remboursements des soins médicaux va demeurer tellement illisible qu’on peut se demander si ce n’est pas justement à dessein...

Le patient, en effet, a le sentiment que la couverture de ses problèmes de santé par une Sécurité Sociale, qui lui retire pourtant beaucoup sur sa feuille de paie, ne cesse de rétrécir. Et il est de fait que si la Sécu prend à sa charge environ 75 % des frais médicaux globaux, le taux de couverture est très variable selon la nature des soins. Le niveau de remboursement de certains d’entre eux est ridiculement faible. Et la dépense non remboursée est largement le fait des dépassements d’honoraires .

C’est une tendance générale de notre système de protection sociale que les assurances sociales obligatoires de base se révélant de moins en moins généreuses, elles laissent progressivement de plus en plus d’espace aux mutuelles complémentaires.

Or, il y a 10 % des Français qui ne sont pas assez pauvres pour être couverts par la CMUC et pas assez riches pour souscrire à une mutuelle ou à une assurance privée. C’est chez eux qu’on trouve les gens qui renoncent aux soins pour cause de remboursements par la Sécurité sociale insuffisants.

Les mutuelles ont été les grandes oubliées de l’accord du 25 octobre . Dans la mesure où ce sont elles qui en financent le quart, il conviendrait pourtant de leur donner un droit de regard sur le système. Elles sont cantonnées au rôle de payeurs aveugles.

C’est pourquoi le groupe socialiste à l’Assemblée nationale a déposé une Proposition de loi, autorisant les mutuelles à mettre en place des réseaux de soins , vivement conseillés à leurs adhérents, qui s’engageront à modérer leurs prestations.

Pour le moment, les députés veillent à ce que ce système ne concerne que les lunettes, les prothèses dentaires et les appareils auditifs, secteurs où, en effet, on constate une véritable inflation des prix . Mais les acteurs de la santé redoutent une extension possible à d’autres types de soins. Et en effet, pourquoi pas ? Comme dit Alain Enthoven, « l’assureur est une sorte d’acheteur de soins pour le compte des assurés. A lui de faire jouer la concurrence pour obtenir le meilleur soin au plus bas coût.

De toute manière, l’envol des prix ne saurait durer. Déjà, certains sites internet proposent des lunettes à des prix très inférieurs à ceux des grandes enseignes. Et les dentistes, à force d’abus, risquent de voir leurs clients partir se faire soigner en Hongrie ou au Maroc, où les tarifs sont beaucoup plus modérés. C’est ce qu’on appelle le « tourisme médical ». Faudra-t-il en arriver là ?

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