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Les nouvelles bulles de la finance

3 min
À retrouver dans l'émission

Reprenons : la France est entrée en récession le PIB, cette année, baissera d’au moins 0,1 %. Malgré un déficit des finances publiques de 3,7 % - vous savez ces déficits, qui sont censés « soutenir la croissance et l’emploi » -, 5 millions de personnes sont inscrites à Pôle Emploi. Pour la première fois depuis trente ans, le pouvoir d’achat des Français a baissé l’an dernier et, pour cause de hausse d’impôts spectaculaire, il devrait baisser davantage encore l’an prochain. Sans oublier la dette publique, qui atteindra 94 % du PIB, cette année et dépassera 96 % l’an prochain. Les 100 % sont en vue. Bref, tous les indicateurs sont au rouge .

Il faut une bonne dose de mauvaise foi pour en rendre responsable le président de la République actuel. De telles catastrophes ne se concoctent pas en un an : il faut des décennies pour ruiner un pays comme le nôtre. Plusieurs équipes gouvernementales successives s’y sont attelées avec succès.

Alors tout va mal, vraiment ? Eh bien, non, tous les indicateurs ne sont pas dans le rouge. Il y a deux cadrans qui affichent des résultats magnifiques, mirobolants, que dis-je inespérés. Les taux d’intérêt auxquels parvient encore, par miracle, à se financer notre Etat obèse sur les marchés financiers, d’une part de l’autre, la Bourse, qui caracole en pleine euphorie. A la fin du mois dernier, l’Etat français a emprunté 4 milliards d’euros à des taux négatifs. Oui, vous avez bien entendu : on trouve des investisseurs qui acceptent de perdre de l’argent (un tout petit peu), pour prêter à notre Etat de quoi boucler ses fins de mois ! Quant au CAC 40, il est repassé au-dessus du chiffre magique des 4 000 points .

Bref, me direz-vous, Marc, la finance nous aime ! Pas rancunière, elle couronne un François Hollande, qui l’avait vouée aux gémonies durant sa campagne électorale.

En réalité, ces chiffres s’inscrivent en un dangereux trompe-l’œil. Si les marchés se ruent sur nos dettes publiques et sur les actions de nos entreprises, ce n’est pas parce qu’elles jugent notre situation économique prometteuse – elle ne l’est pas -, mais parce qu’ils savent plus où se diriger. La vérité, c’est que les Banques centrales ont inondé les marchés de liquidités qu’avec des taux d’intérêt proches de 0 %, tous les spéculateurs, petits et gros, ont intérêt à emprunter pour investir dans n’importe quoi : ils sont sûrs de gagner. Avec cet « argent gratuit », les banques, le shadow banking, les investisseurs professionnels achètent de tout.

Un peu comme ils ont pu le faire dans les années 2000, lorsque, pour lutter contre les effets du krach d’internet, lorsque la FED avait inondé les marchés de liquidités, provoquant la bulle de l’immobilier américain. Oui, de nouvelles bulles sont en train de gonfler très vite.

Mais alors, cette finance, que nos politiques promettaient de « mettre au pas », elle n’en fait toujours qu’à sa tête ? En effet, mais comme grâce à ces dangereux dévergondages, les Etats peuvent continuer à faire croître la bulle de leur propre endettement, tout le monde est content.

Tout le monde a pu constater l’extrême prudence de la réforme bancaire de février : la « banque universelle à la française » a été maintenue : pas question de séparer les activités de banque de détail et de banque de financement et d’investissement. Certains économistes, pourtant peu suspects de tendances anticapitalistes, comme par exemple Elie Cohen, ont cru voir dans cette timidité, l’effet de la consanguinuité entre élites publiques et privées. Quant à la lutte contre les paradis fiscaux et le shadow banking, elle n’a guère dépassé le stade des vœux pieux et des bonnes intentions.

Bref, tous les ingrédients qui ont fait exploser la crise de 2008 ne sont-ils pas à nouveau en place ?

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