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Les politiques post-partisanes, responsables du vote populiste

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A force de prétendre faire la politique de leurs adversaires, prétend Michael Bröning, les partis de gouvernement ont fait fondre leur base électorale. La gauche doit renouer avec les classes populaires et la droite assumer ses propres valeurs.

Le site de réflexion international Project Syndicate a publié tant d’articles consacrés au populisme, ces derniers mois, que ses responsables ont jugé nécessaire d’en faire une recension synthétique.

On observe partout en même temps le même phénomène : l’aspiration à l’homme fort qui rétablirait le statut du pays. La sociologue de Harvard Theda Skocpol résume ainsi ces aspirations diffuses : « un mélange de rigidité sur la question de l’immigration, de patriotisme économique et de demande des droits sociaux réservés aux seuls nationaux ». A cet égard, on peut considérer Donald Trump comme un disciple de Marine Le Pen.

Il faut aussi faire entrer en ligne de compte le fait que les grands gagnants de la mondialisation n’assument pas leurs responsabilités vis-à-vis de leur communauté nationale. Ils ne se sentent pas concernés par des situations auxquelles ils échappent par leur mobilité. Du coup, ils sont jugés complices d’une mondialisation qui a partout pour effet des délocalisations.

L’une des causes mal perçues de la fameuse « montée des populismes », d’après plusieurs économistes, comme Dani Rodrik, c’est la stagnation quasi-générale de la productivité. On s’est trop focalisé sur les secteurs de haute technologie, où les gains de productivité ont été très importants, sans voir que ceux-ci ne bénéficiaient pas à tout le monde. Les Etats n’ont plus les moyens de politique sociale d’accompagnement, rendues pourtant nécessaires par les destructions massifs d’emplois dans l’industrie.

La bonne nouvelle, c’est que la vague populiste a commencé à reculer. En Amérique latine, du moins : pour Carmen Reinhart, l’émergence de Mauricio Macri en Argentine, où ils succèdent aux Kirchner, et la défaite de Nicola Maduro aux législatives vénézuéliennes de décembre marquent un reflux.

Mais l’article le plus intéressant sur le phénomène populiste en Europe, c’est, à mon sens, celui que vient de publier le responsable du département de politique internationale du think tank du SPD allemand dans la revue Foreign Affairs. Selon Michael Bröning de la Friedrich-Ebert-Stiftung, les vrais responsables du phénomène populiste appartiennent à la génération des Tony Blair et Gerhard Schröder.

Ces dirigeants pragmatistes ont gagné plusieurs élections consécutives, c’est vrai, mais sur des programmes qui se présentaient comme « post-partisans ». En faisant la course au centre, les partis de gauche ont désorienté leurs électeurs. On a imposé à la base électorale des réformes sociales libérales dont elle ne voulait pas. Quant aux partis de droite, ils se sont alignés sur des politiques de gauche. Angela Merkel bat tous les records : sur le nucléaire, elle a adopté la politique des écologistes, sur l’immigration, celle de la gauche la plus accueillante ; elle a accordé la double nationalité aux enfants nés de parents étrangers sur le sol allemand. L’électorat de la CDU, désorienté, file vers l’Alternativ fur Deutschland.

Ces partis seraient bien avisés, selon Michael Bröning, de redécouvrir les vertus de l’hétérogénéité idéologiques. D’en finir avec les politiques de triangulation. La gauche a eu tort d’abandonner la classe ouvrière. Le résultat, c’est que 86 % des ouvriers autrichiens ont voté pour le candidat d’extrême droite aux récentes élections présidentielles. Certes, concède-t-il, les classes sociales old-style - le prolétariat et les capitalistes version Karl Marx -, ont disparu. Mais pas les injustices sociales. Et la gauche ne saurait s’en désintéresser, comme elle a eu trop tendance à le faire.

Et ce responsable des études du SPD de proposer un vrai programme de gauche et un autre à destination de la droite. La gauche doit proposer un impôt sur le capital et les actifs financiers. Elle doit promouvoir des politiques de croissance par une économie de la demande. Quant à la droite, elle doit répondre aux inquiétudes de ses électeurs, concernant le respect de l’état de droit, l’insécurité causée par les migrations et les questions liées à l’identité nationale, plutôt que de les récuser en les traitant d’immorales.

Enfin, les partis traditionnels doivent se garder de diaboliser les électeurs des partis populistes. « On ne regagne pas les électeurs perdus avec des insultes », avertit Bröning, qui rappelle le mot de Bertolt Brecht face aux émeutes ouvrières de Berlin-est : « Un gouvernement qui a trompé la confiance du peuple ne peut pas dire : ce peuple nous a déçus, élisons donc un autre. »

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