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Les primaires, incompatibles avec l'état des forces politiques

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Face à l'installation d'un quadripartisme, il est temps de renoncer au scrutin majoritaire à deux tours.

Oui, dans le contexte politique actuel, les primaires sont une absurdité. L’idée de donner aux électeurs les plus directement concernés – ceux qui sont sûrs de voter pour la droite ou pour la gauche – le choix du candidat de leur camp, partait, certes, d’une excellente intention. Depuis des décennies, on se plaignait de voir cette désignation entre les mains des états-majors des partis. Or, ces machines sont de plus en plus déphasées de la base électorale. On l’observe en ce moment aux Etats-Unis, où cette base impose Trump à une machine républicaine qui n’en voulait à aucun prix. Et où Bernie Sanders est venu bousculer la direction démocrate, acquise aux Clinton.

Oui, la mécanique des primaires est parfaitement adaptée à un système bipartisan tel que celui qui fonctionne aux Etats-Unis. Démocrates, d’un côté, Républicains, de l’autre. Jamais depuis des décennies, un candidat indépendant n’a eu la moindre chance. Les primaires sont précisément destinées à en empêcher l’émergence.

On dira : les institutions de la V° République ont été pensées pour contraindre notre système partisan, traditionnellement éclaté, à tendre, au second tour, au rassemblement. De Gaulle voulait en finir avec le régime des partis, ce système qui abandonne aux états-majors la formation des gouvernements à travers des combinaisons, où les désirs exprimés par les électeurs ne comptent guère. Avec le scrutin majoritaire à deux tours, on n’a pas le choix ; c’est bloc de gauche contre bloc de droite. Ce qui nous rapprocherait donc de la méthode américaine.

Mais le fait est que notre système partisan a éclaté. Sous l’effet d’une radicalisation, qui affecte désormais autant la gauche que la droite, jamais, sous la V° république, il n’a été aussi éloigné de la bipolarisation voulue par le Constituant. Certains observateurs évoquent le quadripartisme. La gauche est, effet, déchirée entre deux tendances irréconciliables ; une aile réformatrice, sociale-démocrate et une autre, radicale, qui croit à nouveau à la possibilité de changer de système économique. Entre ces deux pôles d’attraction opposés, les écologistes n’ont pas résisté. Leur parti a éclaté.

Mais il faut aussi compter avec un centre autonome et persistant, qui refuse toute absorption dans la droite. Incarné par François Bayrou, il attire entre 10 et 18 % de l’électorat. L’UDI elle-même est divisée sur la conduite à observer envers des primaires dites de la droite et du centre.

Et la droite aussi est divisée. Sans doute, de manière moins centrale et tranchée que la gauche. Mais l’approche de la primaire a fait apparaître plus que des nuances entre souverainistes à la Guaino et libéraux à la Fillon, modérés ouverts au multiculturalisme, comme Juppé, et identitaires version Sarkozy.

On dira : c’est la montée du Front national qui provoque ces troubles à droite, en la contraignant à se positionner par rapport à ses propres thématiques, dans la mesure où toute alliance lui est moralement interdite.

Mais le FN lui-même est travaillé par un clivage interne décisif qu’il ne parviendra à dissimuler qu’aussi longtemps qu’il restera écarté du pouvoir. Entre son aile bourgeoise et conservatrice, chrétienne et libérale, incarnée par Marion Maréchal Le Pen et la tendance populiste, souverainiste et jacobine de Florian Phillippot, il est contraint à un grand écart permanent. Un éclatement, là encore, est de l’ordre du possible.

Conclusion : nos institutions craquent sous la poussée d’un système politique qui explose. Pour que le pays redevienne gouvernable, il faudra désormais former de larges coalitions. Cela ne peut passer que par le scrutin proportionnel.

Celui-ci aura aussi pour avantage de donner voix au chapitre à des courants qui ne l’ont pas dans le cadre actuel. Aux écologistes et aux centristes, au premier chef. Mais aussi à ce courant social-libéral dont le succès d’Emmanuel Macron a révélé l’existence et l’importance et que les évolutions sociales en cours ne peuvent que renforcer. Ces trois forces, aujourd’hui marginalisées par le scrutin majoritaire, constitueraient, avec la proportionnelle, les pivots de toute majorité.

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