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Les promesses non tenues de la révolution numérique

3 min
À retrouver dans l'émission

Oui, Bruno Patino, nous avons bien saisi le message. Et le message est celui… de Jean-Paul II : « n’ayez pas peur ».

N’ayez pas peur, vous les chantres de la culture livresque, non la culture numérique n’est pas destinée à vous envoyer aux poubelles de l’histoire. D’où l’habileté d’un procédé d’exposition des plus pédagogiques, qui entremêle, page après page, ces nouveaux théoriciens du numérique – que nous ignorons pour la plupart, tout en nous rassurant avec l’invocation des classiques de la culture humaniste , qui nous sont plus familiers.

Vous faites mine de croire que tout était déjà en germe chez les auteurs de la culture humaniste : le lien hypertexte est l’héritier du style indirect libre des romanciers réalistes et naturalistes du XIX° siècle Borges a anticipé les problèmes posés par l’impossibilité d’effacer ses traces et le fardeau qui consiste à se souvenir de tout, auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés par nos interventions sur internet ceux qui se croient originaux en reprochant au cloud d’affaiblir nos capacités de mémorisation en mettant tout le savoir du monde à notre disposition reprennent une antienne déjà présente chez Platon .

Bref, il y aurait moins de rupture que de continuité entre les deux cultures – la meilleure preuve étant que dans le domaine militaire, la stratégie des grandes puissances dans le cyberespace prolonge celle qui est la leur dans l’espace tout court : les Américains visent le leaderhip, tandis que les Chinois misent sur une muraille…

N’ayez pas peur, non plus, vous les militants, les activistes, si internet voit tout, enregistre tout, se souvient de tout, est constamment là avec vous, ce n’est pas non plus Big Brother, puisque c’est un processus sans sujet, une architecture sans Grand Architecte , un développement spontané auquel nous collaborons tous.

Sans doute, sans doute. Mais, voyez-vous, nous sommes devenus moins naïfs ou si vous préférez plus prudents face aux promesses de votre révolution numérique.

Politiquement, on nous avait promis que les réseaux sociaux étaient le remède aux dictatures et le moyen de revitaliser les démocraties sans doute les réseaux sociaux ont-ils aidé à faire basculer les statues des despotes arabes, mais la crise des démocraties reste entière .

On nous avait promis une transparence incompatible avec les magouilles des hommes politiques et des grands argentiers : au contraire, internet, en dématérialisant l’argent et en dynamitant les frontières des Etats, a accéléré les dérèglements des marchés financiers .

On nous avait promis la fin des rentes et l’entrée dans une économie ouverte et concurrentielle : nous assistons à la création d’une série de monopoles : un seul moteur de recherches, Google, un seul réseau social, Facebook, un seul site de vente en ligne, Amazon, un seu logiciel de lecture et de gestion de bibliothèque multimédia numérique, Apple- IPad, etc. Tous américains, de surcroît. En outre, écrivez-vous, chacun d’entre eux tente de nous enfermer dans son standard , et vise à constituer son « empire ».

On nous avait parlé d’un élargissement indéfini de notre espace de rencontre et de savoir. En réalité, les algorithmes utilisés par le moteur de recherches nous renvoient systématiquement vers les sources d’information – ou de désinformation – que nous fréquentons déjà, favorisant cette « auto-propagande » dont parle Gérald Bronner, et vers la petite communauté des gens qui pensent comme nous, vivent comme nous, consomment les mêmes produits et services comme nous. Bonjour la rencontre !

Enfin, le numérique devait être l’occasion d’une telle progression de la productivité du travail que nous aurions dû passer le plus clair de notre vie en vacances. En réalité, ceux qui disposent encore d’un emploi rémunéré n’ont jamais été aussi disponibles et affairés et voient leur vie privée envahie par leur vie professionnelle, tandis qu’un grand nombre d’emplois disparaissent , sous l’effet de la numérisation et du découpage de la chaîne de valeur.

Peut-être y a-t-il finalement plus de raisons d’inquiétude que prévu….

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