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Les religions et le corps des femmes

4 min
À retrouver dans l'émission

Que les trois grandes religions monothéistes aient quelque problème avec la séduction féminine, partant, avec le corps des femmes, on s’en doutait. Les puritains, les obsédés de la pudeur sont généralement des refoulés, aux yeux desquels la féminité recèle de mystérieux dangers. Maudissant leurs propres désirs, ils s’en prennent à l’objet de leur convoitise . Redoutant la sexualité féminine, ils n’ont eu de cesse de chercher à refouler les femmes de l’espace public, de les parquer dans l’espace domestique. Dans certains pays, ils y parviennent encore.

Vous nous conviez, Delphine Horvilleur , à une exploration savante mais accessible et enjouée des sources spirituelles du judaïsme. Heureuse religion, qui accorde au lecteur de ses textes sacrés les ressources d’un quadruple niveau de lecture ! Le sens littéral, le pshat, si l’on a bien compris, est bon pour les béotiens. D’ailleurs, pshat signifie à la fois simple et dénudé en hébreu. Aussi lorsque le message divin est manifestement entaché de préjugés envers les femmes, l’interprète a tout le loisir de monter en gamme herméneutique , afin d’aller dénicher des sens allusifs, allégoriques, voire cachés, qui en métamorphosent radicalement le sens, le rendant compatibles avec nos sociétés modernes et sécularisées. Ainsi, des préceptes reflétant un Etat de société vieux de plusieurs millénaires peuvent-ils nous fournir, à nous ici et aujourd’hui - et à condition d’être parfois un peu sollicités - des horizons de sens renouvelés .

Tant mieux pour le judaïsme libéral dont vous êtes une des interprètes les plus talentueuses.

Il paraît cependant que dans certains quartiers de Jérusalem, des juifs ultra-othodoxes tentent d’exclure les femmes de l’espace public, leur réservant des places à l’arrière des autobus. Une poignée de cinglés porteraient même des lunettes leur brouillant la vue, afin que leur vision du corps des femmes en soit altérée… Grand bien leur fasse. Ils sont loin et je voudrais vous parler d’ici.

Car au même moment que votre excellent essai, « En tenue d’Eve », paraît le livre d’Elisabeth Schemla intitulé « Islam, l’épreuve française ». Et pour le dire tout de go, je crains qu’on nous amuse avec les ultra-orthodoxes juifs, à Jérusalem, pour mieux nous inciter à ne pas voir ce que nous voyons, en Seine-Saint-Denis, à Roubaix, Grenoble, ou Marseille et qu’Elisabeth Schemla a le courage de nommer.

Elisabeth Schemla , ancienne rédactrice en chef du Nouvel Observateur, avait couvert pour cet hebdomadaire, la première « affaire du foulard », à Creil, en 1989. Dès cette époque, elle a eu le sentiment que la France laïque et républicaine était mise au défi par une idéologie religieuse, combattive et conquérante, qui réprime les femmes en voilant leurs visages et leurs corps, et en les mariant de force. Elle constate aujourd’hui que, culpabilisée par des campagnes d’intimidation, la République n’a cessé de reculer . Profitant de cet embarras, une bande d’idéologues, en grande majorité formés à l’étranger, ne maîtrisant pas la langue du pays où ils prêchent, en méprisant les coutumes et la culture, entendent se servir des femmes musulmanes pour « réislamiser » les immigrés et leurs enfants .

Or, notre culture européenne, depuis le Moyen Age, est caractérisée notamment par les jeux de la séduction entre hommes et femmes , par la cohabitation entre les sexes et la libre circulation du corps féminin non voilé dans l’espace public . Cela choque ces propagandistes, venus souvent de pays où domine un islam intolérant et persécuteur, qui prônent le contrôle patriarcal de la sexualité féminine, la ségrégation des sexes et le renfermement du féminin.

Prenons-y garde, car ils tendent plus généralement, au nom de la séparation du pur et de l’impur et d’un impossible retour à un mode de vie vieux de 13 siècles, à enfermer nos concitoyens musulmans dans une contre-société fermée sur elle-même et hostile envers son environnement.

Par bonheur, l’islam n’est pas plus monolithique que le judaïsme et des tendances libérales se manifestent aussi en son sein, à la faveur du pluralisme qui règnent dans les sociétés européennes et de la protection qu’apporte la laïcité aux dissidents. Les libéraux du judaïsme, de l’islam et du christianisme ne devraient-ils pas unir leurs forces, afin de faire reculer le fanatisme et la misogynie ?

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