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Les syndicats face à l'accord-emploi

4 min
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Le syndicalisme français est l’un des plus malades d’Europe. Huit centrales syndicales pour 8 % de syndiqués, ce n’est pas sérieux. Nous avons des syndicats qui sont sans doute encore relativement adaptés à une fonction publique, gérée à l’ancienne. Mais pas aux entreprises de troisième type que suscite l’économie de la connaissance. Comme l’écrit Roger Sue , spécialiste des questions du travail, dans son nouveau essai sur ce sujet, « flexibilité, intermittence, précarité sont moins l’effet d’une crise de croissance que d’une dilution progressive des cadres et des conventions habituels du travail. » Celui-ci est en train de changer de nature. « Les membres de la creative class, soit 30 à 40 % des actifs aux Etats-Unis, se sont largement affranchis des normes contractuelles de l’emploi classique – horaires et temps de travail, employeur unique et durable, lieu de travail, tenue vestimentaire, rapports hiérarchiques ». (p. 70)

L’accord-emploi , accouché à grand peine le 11 janvier, avec pour parrain, un gouvernement qui y voit un des moyens de rétablir la compétitivité de nos entreprises, en échange d’une meilleure sécurisation de l’emploi, va dans ce sens. Il prévoit une surtaxation des patrons pour les CDDs abusifs la généralisation aux précaires de l’assurance complémentaire santé le droit de conserver ses droits à l’assurance-chômage en cas de reprise d’un travail et de nouveau licenciement. En échange, les entreprises obtiennent la possibilité de négocier avec les syndicats une augmentation du temps de travail sans augmentation de salaire, en cas de situation difficile, durant une période de deux ans maximum.

Il a été signé par la CFDT et le MEDEF, refusé par le CGT et Force Ouvrière. Le ministre du Travail, Michel Sapin, veut que la loi qui le transposera, entre en vigueur dès le début du mois de mai. Mais d’ici là, l’accord-emploi doit subir l’examen du Parlement. Le texte sera à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale au début du mois prochain.

On le sait : il divise profondément la gauche . D’un côté, cent parlementaires socialistes ont publié un appel à l’adopter tel quel, afin de soutenir le gouvernement de l’autre, l’aile gauche de la majorité présidentielle entend, au contraire, le modifier dans un sens plus favorable à la sécurité des salariés. Le MEDEF, déjà mécontent des modifications que lui a fait subir le Conseil d’Etat, menace de retrait, si les syndicats non signataires obtiennent du Parlement le gauchissement qu’ils lui réclament.

L’idée de « flexisécurité », beaucoup invoquée par le gouvernement précédent, sera donc mise en musique par celui de Jean-Marc Ayrault. Il entre en discussion, alors que nos deux plus importantes centrales syndicales changent de tête. Aussi permet-il de tester les nouvelles directions.

A la CFDT, la transition a eu lieu en douceur : François Chérèque laisse la boutique, en bon état, à un successeur désigné par lui, Laurent Berger. La ligne ne changera pas d’un iota : syndicalisme réformiste, réalisme économique, participation aux négociations sur les réformes structurelles et lutte contre la précarité. Sur le plan politique, la centrale ne sera « ni un soutien du gouvernement, no un opposant politique, mais un contre-pouvoir social, autonome et exigeant ».

Les choses sont autrement plus complexes à la CGT, où la candidate de Bernard Thibault, Nadine Prigent, a été retoquée par les fédérations. Le bilan est mitigé : succès contre le CPE en 2006, échecs des mobilisations contre la réforme des régimes spéciaux. Bernard Thibault, qui a appelé à voter pour François Hollande au 2° tour des présidentielles, a voulu dégager la centrale de l’influence communiste. Mais elle est passée d’un monolithisme du type « centralisme démocratique » à l’excès inverse : la CGT « force de proposition », qu’a incarnée Bernard Thibault se retrouve en butte à la contestation ouverte de diverses tendances radicales ou révolutionnaires celles sur lesquelles se focalise l’attention des médias. C’est pour ne pas avoir à les affronter que Thibault a refusé l’Accord-emploi. Et son successeur, Thierry Lepaon s’est fait chahuter, lors du congrès de la semaine dernière, pour avoir déclaré qu’il n’appelait pas au « retrait » du texte, tout en appelant contre son adoption par le Parlement, à une journée d’action. Manifestement, il joue la carte de l’amendement par des députés ouverts à ses idées.

Décidément, l’Accord-emploi n’a pas fini de diviser nos syndicats.

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