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L'Espagne risque-t-elle de faire replonger la Zone Euro ?

4 min
À retrouver dans l'émission

On croyait en être enfin sorti avec une nouvelle injection de crédit de 130 milliards à la Grèce. Mais on n’a fait qu’ « acheter du temps », comme on dit en anglais et il ne faut pas se faire d’illusions : le pays n’a que la tête hors de l’eau. Avec un déficit primaire (hors du paiement des intérêts de la dette) de 5 à 6 %, Athènes n’est pas sorti d’affaire. Et la crise de l’euro est loin d’être derrière nous .

Selon Mario Monti, le chef du gouvernement italien, elle pourrait même repartir incessamment sous peu - par la faute des Espagnols .

Dans le cadre du Pacte de stabilité, Madrid s’était engagée à ramener son déficit public à 4,4 % du PIB l’an prochain, contre 8,5 % cette année, pour revenir à 3 % dès 2013. Mais on n’arrête pas un navire lancé à toute vitesse et cette promesse était intenable , alors que le pays s’enfonce dans la récession, avec une croissance négative de – 1,7 %. Rajoy, arguant – un grand classique – une situation pire que celle qu’il escomptait en héritant des socialistes, a obtenu de l’UE un déficit à hauteur de 5,3 % cette année . De quoi ranimer la nervosité des marchés. Car il faudrait, pour atteindre cet objectif qui reste ambitieux que l’Etat espagnol économise une soixantaine de milliard.

Le premier ministre conservateur espagnol avait réclamé, avant d’annoncer son budget 2013, un répit jusqu’aux élections régionales en Andalousie et dans les Asturies, tant il était sur de pouvoir les gagner haut la main. Or si son Parti Populaire progresse légèrement en Andalousie, passant de 47 à 50 sièges à l’Assemblée locale, cela ne suffira pas à la droite pour ravir la direction de la région à la gauche . Celle-ci y reste majoritaire : si les socialistes perdent 9 sièges, passant de 56 à 47 élus, l’extrême-gauche en obtient 12.

Or, les régions sont responsables d’une partie du déficit espagnol. Le budget présenté par Madrid, peut-il être considéré comme sincère ? Les marchés, qui nous surveillent, en doutent. Et Mario Monti dit craindre la contagion à l’Italie .

D’une manière plus générale, se pose la question de la stratégie adoptée par les pays du Sud de l’Europe pour sortir de l’ornière. Les dirigeants italiens et espagnols ont décidé de faire avaler à leur population l’amère potion de madame Merkel : une cure d’austérité budgétaire, assortie de réformes structurelles destinées à doper la productivité. Avant de porter leurs fruits, ces politiques déflationnistes se traduisent, dans un premier temps, par un effondrement de la croissance, une baisse des prix mais aussi des salaires, politiquement coûteux. Ses résultats positifs escomptés tardant à se manifester, l’électorat se lasse.

On le voit en ce moment en Italie, où la « méthode Monti » semble atteindre ses limites. L’Espagne et l’Italie sont caractérisées par un marché du travail dual. D’un côté, des salariés protégés, dont la loi rend le licenciement extrêmement risqué, sinon impossible de l’autre, une armée croissante de précaires qui servent de variable d’ajustement : débarqués aussitôt que les carnets de commandes se dégarnissent. Ce « modèle sudiste » donne des taux de chômage de 9 % en Italie et de 23 % en Espagne ! Tant Monti que Rajoy tentent d’assouplir ces lois, en s’inspirant de la flexsécurité des pays du Nord de l’Europe.

La stratégie Monti – jouer l’opinion publique contre la « caste » politico-médiatique – a été jusqu’ici chaque fois victorieuse. Le président du Conseil italien nommé en novembre, sans avoir été élu, a mené ses réformes au pas de charge, renversant tous les obstacles en s’appuyant sur la popularité que lui vaut sa réputation de technocrate intègre, étranger au monde politique. Cette fois, il se heurte à l’opposition du plus grand syndicat du pays, la CGIL , mais aussi à celle d’un des partenaires de sa coalition gouvernementale, le Parti Démocrate, de centre-gauche. Et sa popularité s’effrite face aux difficultés de la vie quotidienne dans un pays où la croissance n’est toujours pas au rendez-vous. Les élections italiennes de 2013 constitueront un test de la soutenabilité des politiques déflationnistes actuellement menées dans tout le Sud de la zone euro.

Pour l'instant la France n'est pas concernée. Mais attendons que les élections soient passées...

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