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L'espagne va-t-elle nous "manger" ?

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Le cas espagnol fait l’objet de débats chez les économistes. Parce qu’il constitue un cas d’école de ce qu’ils appellent la déflation .

Les prix à la consommation en Espagne, ont baissé de 1,5 % de janvier 2014 à 2015. Lorsque les prix baissent, cela entraîne plusieurs conséquences fâcheuses : d’une part, les consommateurs tendent à retarder leurs achats, escomptant une nouvelle baisse du bien qu’ils convoitent et cela ralentit l’économie d’autre part, les débiteurs voient la valeur de leurs remboursements s’alourdit. Or, depuis la crise de 2008, l'Etat espagnol est lourdement endettée, aux alentours de 100 % du PIB de ce pays.

Pourtant, le ministre de l’économie, Luis de Guindos, se félicitait récemment de cette déflation espagnole. Comparant l’inflation au cholestérol, il expliquait sur CNBC que, comme dans le cas de la HDL et de la LDL, le bon et le mauvais cholestérol, il y a une bonne et une mauvaise déflation. « Or, en Espagne, nous avons la bonne, celle où les prix baissent et les salaires augmentent », affirmait Luis de Guindos. »

Oui, la déflation peut se révéler une excellente chose, et c’est, selon le directeur du think tank, Centre for European Policy Studies, Daniel Gros, le cas des pays de l’Europe périphérique. Selon Daniel Gros, la cause réelle de la baisse des prix en Europe, c’est la chute vertigineuse des prix du pétrole . Il estime qu’elle devrait booster nos économies, en leur apportant un supplément de croissance compris entre 2 et 3%. Gros écarte l’argument selon lequel les finances publiques seraient pénalisées par le renchérissement des remboursements : grâce à l’activité économique, les Etats vont percevoir davantage de taxes et d’impôts, ce qui fera plus que compenser le renchérissement du service de la dette.

Et c’est vrai, la croissance espagnole est de retour et elle accélère : 1,4 %, l’an dernier, 2,4 % attendu cette année, et peut-être davantage. A l'allemande ! Pourquoi alors, la correspondante à Madrid du quotidien Les Echos, Gaëlle Lucas, faisait-elle la fine bouche, dans son éditorial d’hier ?

Parce que le regain espagnol est fondé, écrit-elle, sur un modèle low cost . L’Espagne a dopé ses exportations en abaissant ses coûts, comprimant notamment les salaires et précarisant ses travailleurs, à travers une série de réformes du marché du travail. Mais les emplois créés « sont concentrés dans les secteurs à faible valeur ajoutée, comme le tourisme ».

Elle relève également que si l’Espagne est devenue la première destination des investissements directs étrangers en Europe , recevant ainsi 39 milliards d’euros, la productivité du travail y stagne. Pas étonnant : le pays consacre un pourcentage trop faible de son PIB à la recherche et au développement. Bref, l’Espagne se prend pour la Pologne ou la Slovaquie , attirant sur son sol des industries du passé, comme l’automobile, plutôt que de préparer l’avenir avec des activités high tec à forte valeur ajoutée.

En réalité, l’Espagne a appliqué les leçons qui étaient prodiguées, depuis deux ou trois ans, aux pays périphérique d’Europe : la dévaluation interne . Puisqu’il n’est plus possible d’agir sur les fluctuations de la monnaie, la seule façon de renouer avec la croissance est de provoquer une baisse des prix et des salaires, afin de gagner de la compétitivité à l’export et de miser sur les achats de l’étranger.

Il faut écouter l’avertissement que nous lance Patrick Artus : «

« Le pays qui reçoit énormément d'investissements, c'est l'Espagne. Dans ce pays, l'investissement augmente vite et on a un déplacement de la capacité de production européenne vers le pays le moins cher. L'Espagne est en train de nous manger, avec des coûts de production inférieurs aux nôtres . »

Devons-nous vraiment avoir peur de l’Espagne, le pays qui compte le plus fort taux de chômeurs en Europe, derrière la Grèce ?

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