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L'esprit européen fait défaut

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Au terme de la négociation entre les 27 chefs d’Etats et de gouvernements de vendredi dernier, le budget européen prévisionnel pour les années 2014-2020 accuse, pour la première fois de son histoire, une baisse : - 3 % par rapport à 2006-2013. Le budget de la PAC – qui absorbait près de 40 % du total - est ramené de 420 à 373 milliards d’euros. François Hollande a sauvé l’essentiel. Les fonds structurels – qui permettent la mise à niveau des petits nouveaux d’Europe centrale et du Sud – conservent leur 2° place, mais passent de 354 à 324 milliards. Un nouveau fond, destiné à améliorer l’emploi des jeunes , est créé, qui se voit doté d’un budget de 6 milliards. Mais l’aide alimentaire aux plus démunis, elle, perd un milliard. Le budget consacré aux infrastructures est assez sérieusement amputé : - 10 milliards. De toute façon, il sert à financer la construction de ronds-points en Roumanie, et non à susciter les "champions européens" industriels dont nous aurions tant besoin...

Les dépenses administratives (8%) du total, continuent, elles d’augmenter , malgré la mauvaise humeur de l’opinion britannique, très remontée contre les « technocrates de Bruxelles ». Relevons que c’est au tour des médias allemands de protester contre une haute fonction publique européenne qui prêche la rigueur aux gouvernements nationaux, mais ne se l’applique à elle-même selon die Welt am Sonntag, 4 365 fonctionnaires européens touchent des salaires égaux ou supérieurs à celui de la chancelière allemande , soit 16 275, sans acquitter des impôts de même niveau….

Politiquement, c’est un succès pour David Cameron . Le coup de bluff du Premier ministre britannique – retenez-moi, ou je renverse la table – s’est révélé payant. Pour garder la Grande-Bretagne dans l’Union européenne, Angela Merkel – qui redoute le face-à-face avec la France - lui a cédé. Fort du maintien de sa fameuse « ristourne », David Cameron est rentré à Londres avec des arguments pour convaincre ses eurosceptiques que le Royaume-Uni pesait en Europe et qu’il n’était pas utile de prendre le large. Une coalition comprenant, outre les Britanniques et les Allemands, les Néerlandais, les Danois et les Suédois, l’a donc emporté face au front des pays du Sud, mené par la France. Victoire provisoire, puisque le Parlement européen pourrait bien refuser ce budget de rigueur communautaire.

Si l’axe franco-allemand s’est brisé sur le budget européen, il manifeste sa solidité sur la réforme bancaire . Les projets de loi déposés presque simultanément par Pierre Moscovici et Wolfgang Schäuble vont exactement dans le même sens – celui d’une réforme bien plus modeste que celles préconisées par le Rapport Liikanen. Pas question de tracer des frontières étanches entre activités de banques de dépôt et de banques d’affaire et de réserver la garantie de l’Etat aux premières. On n’est plus dans les années 30 et les Etats-Unis eux-mêmes se sont bien gardés de revenir au Glass-Steagall Act.

Non, la logique préconisée par les Français et les Allemands est de distinguer entre les opérations de marché menées pour le compte de la clientèle – qui peuvent être conservées dans le cadre de la banque universelle – et celles que la banque effectue à des fins de spéculation pour son propre compte. Seules, celles-ci devraient isolées au sein de filiales spécialisées. Et en cas de faillite, ce serait le problème des actionnaires et non des contribuables .

On accuse le lobby bancaire d’avoir obtenu une réforme a minima . C’est fondé. Mais deux bonnes raisons militent en faveur de précautions : primo, nous avons besoin des banques pour financer l’économie par le crédit alors que le Comité de Bale alourdit les contraintes qui pèsent sur leurs bilans, il serait contre-productif de les brider davantage. Secundo, nous vivons dans un monde concurrentiel. L’Europe n’a pas intérêt à voir les capitaux fuir Paris et Francfort pour se réfugier à Londres ou à Singapour.

Reste que l’union bancaire qu’on nous promet devrait passer par une réglementation européenne et non par la multiplication d’initiatives nationales plus ou moins coordonnées.

Mais l’esprit européen, c’est précisément ce qui fait défaut.

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