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L'Europe de l'énergie est mal partie

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Alors que l’Union européenne rêve d’un très hypothétique « Airbus de l’énergie », l’actualité ne cesse de retoquer tous nos beaux plans mirobolants. Plus grave : la distance se creuse, en Europe, entre les proclamations et les résultats .

Un jour, c’est Alstom , qu’on achève de dépecer et qu’on liquide, parce que l’ancien fleuron de l’industrie française se découvre dépassé par les évolutions du marché : un endettement de plus de 2 milliards un cours de l’action déprécié de 50 % en trois ans. Le lendemain, c’est Vladimir Poutine qui dépèce, lui, l’Ukraine, mais tient en respect les velléités de représailles européennes, en rappelant à nos chers dirigeants que nous dépendons tous du gaz russe . Enfin, c’est la Cour des comptes qui épingle les graves dysfonctionnements qui ont marqué les années Lauvergeon chez Areva : les conditions de rachat de la société Uramin, qui sera examiné vendredi par la Tribunal correctionnel de Paris la dérive de l’EPR de Finlande, qui aura coûté 3 milliards et demi d’euros à Areva accusé d’avoir « manqué de compétence ».

Résultat : une Union européenne qui voulait donner au monde une leçon d’écologie appliquée, en réduisant de 20 % en dix ans ses émissions de gaz à effet de serre, d’augmenter de 20 % la part des renouvelables dans son mixe énergétique et de réduire de 20 % sa consommation d’énergie et qui enregistre un « triple échec » d’après Gérard Mestrallet.

Alors, certes, la part des renouvelables dans la consommation énergétique européenne progresse sensiblement. Elle est passée de 4 % en 2004 à 14 % en 2012. Mais en comptant large – solaire thermique et photovoltaïque, éoliennes, hydraulique, géothermique et biomasse. Et surtout : à quel prix ?

La décision d’investir massivement dans les énergies renouvelables a été prise dans la panique d’une époque où l’on croyait les ressources classiques en voie d’épuisement. Aujourd’hui, la découverte de nouvelles ressources a conduit l’Agence Internationale de l’Energie à réestimer ses prévisions : pétrole = 178 ans de réserves, gaz = 233 ans, charbon = trente siècles. Ca laisse le temps, estiment les optimistes qui croient encore au progrès technique, d’inventer de nouvelles sources qui ne soient pas inspirées des moulins à vent de nos meuniers d’antan. Les technologies de stockage permettront très probablement de rentabiliser les énergies renouvelables dans l’avenir. Mais ne s’est-on pas un peu trop vite précipité sur elles, en Europe ?

Car si les renouvelables sont peu polluantes, elles présentent l’inconvénient d’être très chères et très aléatoires . Un parc d’éoliennes représente un gros investissement, et nécessite un entretien coûteux, alors même qu’il ne peut fonctionner ni par calme plat, ni par grand vent. Il faut donc doubler tous les parcs d’éoliennes existant par des centrales classiques. Autrefois, au gaz, aujourd’hui, au charbon - qui s’avère beaucoup moins cher depuis que les Américains nous revendent le leur, puisqu’ils préfèrent exploiter leurs gaz de schistes.

Du coup, des pays qui s’étaient rués sur les renouvelables, parce que leur climat semblait s’y prêter, comme l’Espagne, font machine arrière. Incapables d’assumer financièrement le coût des subventions, ils ruinent au passage les petits producteurs qui croyaient avoir déniché une manne. L’écart entre le prix régulé de la production d’électricité et son prix de production avait atteint, dans ce pays, 26 milliards d’euros . Ce n’était plus soutenable. Même la vertu écologique a un prix…

Comme l’écrivait récemment Eric Le Boucher « L’Europe, pleine d morale écologiste, voulait montrer l’exemple climatique… Le bilan est un terrible désastre » : les opérateurs ont perdu leur compétitivité : après Alstom, c’est GDF – Suez qui annonce une dépréciation d’actifs de 15 milliards d’euros. Les Allemands, si fiers d’avoir renoncé au nucléaire, sont devenus les premiers pollueurs d’Europe.

Il devient de plus en plus difficile, dans le monde tel qu’il est, de poursuivre deux objectifs qui s’avèrent contradictoires : la réduction de nos émissions de gaz à effets de serre et le maintien de la compétitivité de nos industries , handicapées par un prix de l’électricité 40 % supérieur à celui payé aux Etats-Unis. Résultat : chez eux, on relocalise, chez nous, on vend Alstom par appartements. En attendant le tour de GDF- Suez, d’E On, de RWE et de quelques autres mastodontes.

Oui, l’Airbus de l’énergie n’est pas prêt de décoller…

Certains auditeurs mettant en doute les chiffres que j'ai cités, je les invite à consulter ce document récent, qui les confirme. http://www.synopia.fr/wp-content/uploads/2014/03/Rapport-Synopia-Energie.pdf

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