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L'Europe de l'énergie, un bide

3 min
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Si on devait faire un hit-parade des pires échecs de notre Union européenne, le domaine de l’énergie figurerait probablement en haut du tableau. Claude Mandil, l’ancien directeur général de l’Agence internationale de l’énergie, l’AIE, résumait récemment ces carences dans un article publié par la revue Le Débat. Du fait « d’objectifs trop nombreux, voire contradictoires », écrivait-il, « la situation actuelle est un champ de ruines, surtout pour l’électricité ». Pourquoi ?

Parce que fixer à 20 % la part des énergies renouvelables à l’horizon 2020 était très honorable, mais que pour tenter d’y parvenir, on a fixé des tarifs de rachat garantis pour l’électricité produite par le solaire et l’éolien , très supérieurs à ceux du marché. La différence entre les coûts réels de leur production et ceux du marché est couverte par une taxe spécifique, acquittée par le consommateur. En France, cette CSPE ajoute environ 15 % au prix moyen de détail . En Allemagne, c’est bien davantage. Du coup, l’Europe présente le désastreux paradoxe d’avoir des prix de gros de l’électricité qui baissent, tandis que les coûts au détail augmentent sans cesse. Dans le contexte économique actuel, les industriels européens n’ont pas besoin de ce boulet supplémentaire à leurs chevilles.

Il n’y a pas de soleil, ni de vent 24 heures sur 24. Le solaire et l’éolien ont pour particularité d’être des sources d’énergie intermittentes . Pour suppléer à ces carences, il aurait fallu développer de nouvelles centrales au gaz, parce qu’elles sont rapides à démarrer, comme faciles à éteindre. Or, la plupart des pays ont surtout construit des centrales au charbon . Pas seulement l’Allemagne et la Pologne, qui disposent de réserves abondantes mais aussi beaucoup d’autres pays européens, qui profitent de l’effondrement des cours du charbon, bradé par les Américains, depuis qu’ils exploitent gaz et pétrole de schistes… Comme l’écrit Eric Le Boucher, « le choix des renouvelables s’est transformé en plus de charbon »… Bref, l’enfer de la pollution est pavé de bonnes intentions écologistes.

Du coup, poursuit Claude Mandil, la création d’un marché commun de l’énergie s’est révélée une utopie : il n’y a pas de marché intégré, parce qu’il n’y a pas de marché. « Une fraction croissante de l’électricité échangée échappe aux lois du marché. » En outre, comme l’explique Ana Palacio, les réseaux de distribution d’électricité ne sont pas intégrés. Aussi lorsqu’un pays est en surproduction, ses excédents sont généralement perdus . Et l’ancienne ministre des affaires étrangères espagnole de pointer du doigt la mauvaise volonté de la France, peu désireuse de contribuer à la création d’infrastructures de transport énergétique par-dessus les Pyrénées.

Il existe une initiative qui vise à raccorder entre eux les réseaux des pays de la mer du Nord, l’Offshore Grid, qui, selon Eamon Ryan, permettrait de relier les parcs éoliens offshore, afin de permettre aux pays (du Nord de l’Europe) d’équilibrer les variations de leur production énergétiques. » La construction de ces types de réseaux régionaux dans toute l’Europe permettrait de mieux rentabiliser les énergies renouvelables. Mais l’Europe a-t-elle les moyens financiers et la volonté politique d’y investir ?

La situation est caractérisée, en outre, par l’égoïsme national. Chaque Etat membre développe son propre « bouquet énergétique » dans l’ignorance et le mépris de ce que peut bien fabriquer son voisin. Alors même qu’il fait obstacle à la création d’une Europe de l’énergie intégrée et interconnectée, cet égoïsme sacré nous fragilise considérablement face au fournisseur russe. Poutine peut nous jouer les uns contre les autres, comme le chat et les souris. Claude Mandil préconise, à cet égard, une politique du « touche pas à mon pote » : toute interruption de fourniture de gaz à un Etat membre devrait être considérée comme une interruption pour l’Union tout entière » et « déclencher automatiquement une fourniture de substitution du reste de l’Union. »

La nouvelle Commission , que vous pouvez observer de près au sein du Parlement européen, et au sein de laquelle coexistent un Vice-président pour l'Union de l'énergie et un commissaire à l'action pour le climat et l'énergie, vous semble plus à même que la précédente de faire aboutir la fameuse « stratégie 2020 de l’énergie » ?

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