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L'Europe des Grecs et des Allemands

4 min
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Rappel : le second plan de secours à la Grèce, adopté par l’Eurogroupe passait par l’effacement pur et simple de 107 milliards d’euros de dettes, détenues par les banques et compagnies d’assurances européennes, 93 autres milliards de dettes publiques étant rééchelonnées. En outre, l’Etat grec doit recevoir une aide de sauvetage de 130 milliards. Il ne faut pas se cacher que si cette aide de 237 milliards d’euros – qui sera in fine payée par les contribuables des pays riches et en particulier l’Allemagne - n’était pas inspirée uniquement par un sentiment de solidarité. Il y entrait une part de calcul : si on laissait se faire le « grexit », on risquait des faillites de banques, et un phénomène de contagion, un effet domino qui aurait entraîné le Portugal, l’Espagne, voire l’Italie, pays également accablés de dettes.

En échange de cette aide financière conséquente, le gouvernement grec s’est engagé à moderniser en profondeur le système productif et fiscal de son pays. Il ne sert à rien de verser toujours plus d’aides à un pays dont l’appareil productif est inadapté et dont trop de contribuables échappent à l’impôt à un Etat qui prend l’eau de tous les côtés . Pour s’assurer que les réformes en question étaient bien appliquées, on a expédié à Athènes quelques centaines de spécialistes ès-réformes, les fameux « men in black ». L’Allemagne et la Suède ont dépêché des experts en gestion des hôpitaux, l’Agence de coopération internationale a fourni ses propres experts en modernisation de l’administration. En clair, la Grèce a été placée à la fois sous perfusion et sous tutelle . Or, c’est un pays qui, pour des causes historiques, est assez chatouilleux en matière de souveraineté nationale.

Il faut cesser de se voiler la face : ces réformes ont échoué. Les ministres ont traîné des pieds, sous la pression de leurs administrations. Les riches ont caché leur argent à l’étranger pour échapper aux impôts. Les Grecs ont eu l’austérité, ils n’ont pas eu les réformes . Et le pays s’enfonce dans une spirale récessive : toujours moins de croissance, toujours moins de rentrées fiscales, toujours plus de rigueur pour tenter d’avoir moins à emprunter.

Mais voyons maintenant les choses du point de vue allemand , point de vue assez peu partagé par nos médias, qui s’identifient plutôt à la Grèce, ce qui est assez révélateur soit dit en passant.

Les sondages mettent Angela Merkel en bonne position pour les élections de septembre 2013. Mais ses alliés de la CSU, l’aile droite de son propre parti, à l’unisson d’une opinion publique de plus en plus exaspérée , estiment que « le contribuable allemand a été suffisamment saigné pour la Grèce », comme l’écrit Bild. Des responsables de la CDU disent à haute voix qu’il vaudrait mieux que la Grèce quitte l’euro. Il faut savoir que selon le plus récent sondage, 2/3 des Allemands estiment qu’ils vivraient mieux sans l’euro .

Or, la chancelière veut « vendre l’euro » à ses compatriotes. C’est pourquoi elle s’affiche, ces temps-ci en compagnie du père de la monnaie commune, Helmut Kohl. La chancelière a renoncé à « punir la Grèce », pour faire un exemple. Elle est venue à Athènes, non pas pour apporter de nouvelles aides financières, mais pour signifier au monde et aux marchés financiers, en particulier, que l’Europe ne laissera pas la Grèce quitter la zone euro et faire faillite , comme nombre d’économistes pensent qu’elle y aurait intérêt. Pour contrer le sentiment anti-européen qui se développe en Allemagne, une campagne d’affiches a été lancée avec un slogan « Je veux l’Europe ».

Maintenant, il nous faut méditer sur l’exemple grec. Primo, il faut tenir ses finances publiques , si l’on ne veut pas se retrouver mis sous tutelle. François Hollande le répète tous les jours : l'équilibre budgétaire n'est pas un dogme libéral, mais une condition de la souveraineté nationale. Secundo, l’austérité ne peut se résumer à un effondrement de la demande intérieure et à la misère pour des secteurs entiers de la population. Tertio, la rigueur budgétaire, sans les réformes de structure , celles qui restaurent la compétitivité d'un appareil productif, condamne une société au supplice du hamster enfermé dans une roue, si bien décrit par François Lenglet à ce micro.

Enfin, concernant ce qui est en train de se passer dans la zone euro, je recommande vivement la lecture de l’interview de Jacques Delors par Renaud Dehousse dans Alternatives Economiques. Les Allemands ont imposé des règles et des mécanismes de contrôle sur les budgets qui ne sont pas à prendre à la légère. « Il y a un accord traitant des dettes et des budgets nationaux – l’Assemblée a voté hier sa ratification – avec un tribunal qui sanctionne. Mais en revanche, il n’y a toujours pas de politique économique et sociale de l’Union Economique et Monétaire ». Après les règles, va venir le tour des politiques. L'atterrissage étant proche, il est temps de remplacer le pilotage automatique par un commandant de bord.

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