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L'Europe, entre djihadistes et Vladimir Poutine

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L’Union européenne a une Politique agricole commune. 19 de ses 28 Etats membres partagent une même monnaie et participent de ce fait à un processus d’intégration financière et économique poussé, tout en bénéficiant des protections de la Banque centrale européenne. Mais l’Europe n’a pas de réelle politique de sécurité commune. Elle n’a pas de politique énergétique cohérente. Elle n’a pas de politique de l’immigration coordonnée et efficace. Et l’on s’est aperçu, à la suite des attentats récemment commis contre notre pays, que la coopération en matière de lutte contre le terrorisme était faible et limitée .

Comment expliquer que le Parlement européen persiste à bloquer le PNR européen, ce fichier central des déplacements aériens, qui a permis aux Etats-Unis de repérer des djihadistes en Europe ; et qui leur a permis de savoir que Mohamed Merah et Mehdi Nemmouche avaient subi un entraînement en Syrie, les frères Kouachi, au Yémen.

Tout à coup, l’UE semble se réveiller d’un long sommeil . Les ministres des Affaires étrangères se sont retrouvés à Bruxelles, hier, pour discuter des manières de mieux coordonner leurs stratégies anti-terroristes. Les ministres de l’Intérieur, eux, se retrouveront à Riga, le 28 janvier. Les chefs d’Etats et de gouvernements sont convoqués le 12 février, pour un sommet consacré au terrorisme. On peut espérer que va pouvoir cesser la situation actuelle, où les échanges d’informations sont limitées, où les stratégies divergent fortement, d’un pays à l’autre. Si l’Union demeure incapable d’assurer sérieusement le contrôle de ses frontières, les Etats vont reprendre le contrôle des leurs . C’est tout le système Schengen qui pourrait se trouver remis en cause.

La stratégie européenne de sécurité de décembre 2003 identifiait, parmi « les principales menaces » pesant sur l’Europe, le terrorisme. Le document, faisant le constat – je cite – que « ni l'Union ni aucun État ne peut à l'heure actuelle trouver seul une réponse aux menaces auxquelles nous sommes confrontés », appelait à une « coopération multilatérale et à des partenariats bilatéraux avec d'autres acteurs clés. La relation transatlantique était déclarée « à cet égard irremplaçable ». L'Union était également invitée à « développer des relations étroites notamment avec des partenaires tels que la Russie. »

Et c’est bien là que le bât blesse. Car si les Etats-membres du Nord et du Sud s’inquiètent prioritairement du terrorisme islamiste, ceux du Centre et du Nord se sentent surtout menacés par le néo-impérialisme de Vladimir Poutine . Or, le terrorisme islamiste aujourd’hui est alimenté par la guerre civile en Syrie et en Irak. Environ 5 000 jeunes Européens combattraient aujourd’hui dans les rangs du soi-disant Etat islamique, qui fait régner sa terreur sur un territoire grand comme la Grande-Bretagne.

Les Etats-Unis semblant se désinvestir de la région, c’est la Russie qui est en ce moment à la manœuvre en Syrie . Vladimir Poutine a annoncé son intention de réunir à Moscou le 26 janvier « l’opposition syrienne », afin de tenter une médiation entre ses différentes composantes présentables et le régime de Damas. Le but de la manœuvre est de mettre fin au cancer djihadiste, tout en d’évinçant les puissances occidentales.

Ce dernier point pourrait rencontrer la compréhension d’une Europe de l’ouest et du Sud , qui craint les métastases sur son propre sol et qui se sait incapable de mettre fin à cette guerre monstrueuse par ses propres moyens. L’Europe centrale demande, au contraire, que les sanctions économiques visant Moscou soient maintenues jusqu’à ce que la Russie renonce à harceler son voisin ukrainien.

Jusqu’où l’Europe peut-elle soutenir une initiative qui vise à l’évincer, mais qui a peut-être une chance de mettre fin à une guerre qui a déjà tué plus de 200 000 personnes et provoqué l’exil de 10 000 de Syriens. Peut-on prendre la Russie au sérieux, alors même que les manifestations anti-françaises les plus importantes des derniers jours sont celles qu’a organisées le président tchètchène Kadyrov, qui est une marionnette dont Poutine tire les ficelles ? Est-il concevable d’en faire néanmoins une alliée dans la lutte contre le djihadisme ?

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