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L'Europe et Syriza

4 min
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Depuis le début de la crise, il y aura bientôt sept ans, on nous serine que les années 30 vont faire retour, que les peuples ne supporteront pas l’aggravation continuelle du chômage, la baisse du niveau de vie et que les maux sociaux fragiliseront inéluctablement le système politique lui-même. Hé bien, en Grèce, en tous cas, il semble qu’on ait atteint ce seuil limite de tolérance. Ce pays sera donc le premier en Europe à être gouverné par un parti de la gauche radicale. Un parti "anti-système" .

Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen peuvent se réjouir l’un et l’autre, eux qui avaient souhaité cette victoire - ainsi que vos invités, Marc Voinchet. Ils y voient une gifle infligée à l’Union Européenne, coupable de tous nos maux. Et il est vrai que Tsipras a joué à la fois sur le registre de la dénonciation de la finance internationale et de l’oligarchie locale et sur celui du patriotisme , déclarant lors de son ultime meeting de campagne : « Lundi, l’humiliation nationale sera terminée. Nous allons en finir avec les ordres venus d’ailleurs. » Mais l’appartenance à une sorte de confédération, si elle protège ses membres, comporte aussi des disciplines collectives dont on ne saurait s’affranchir. Lorsque l’argent qui sert à payer les salaires des fonctionnaires et des retraites vient d’ailleurs, il est accompagné d’injonctions à se réformer. A quoi servirait d’alimenter en eau un tonneau percé ?

Les négociations avec l’Union européenne vont devoir s’ouvrir très rapidement, car la Grèce sera à cours d’argent frais dans deux mois. Tsipras dispose certes d’une arme de dissuasion massive : la Grèce peut opter pour le défaut, dénoncer sa dette, cesser d’en payer les intérêt s. Cette dette, elle s’élève aujourd’hui à 320 milliards, soit 177 % du PIB. Ce que chacun s’accorde à juger insoutenable. Elle est détenue à 85 % par des Etats européens ou des institutions, telles que la BCE ou le FMI. La France est mouillée : nous avons contribué à hauteur de 40 milliards au refinancement de la Grèce. Mais nos banques, qui ont déjà accepté deux « haircuts », se sont progressivement dégagées de ce bourbier. BNP Paribas en serait pour une perte de 4 milliards et la Société Générale pour 1 milliard 6, ce qui reste supportable. En cas de défaut grec, la perte s’élèverait toutefois à 615 euros par Français, qu’il faudra bien payer par nos impôts.

Mais un pays ruiné ne saurait imposer son modèle au reste de l’Europe . Si Angela Merkel reste la patronne, c’est parce que la réussite de son pays fait davantage envie que la Grèce. Et qu’à travers le Système européen de Stabilité, c’est elle qui paye…

Du côté de l’Union européenne, le gouvernement Syriza ne doit pas compter sur des cadeaux. La Grèce a déjà bénéficié de deux plans de restructuration et d’aide. Ils ont coûté à ses partenaires européens 110 milliards en 2010, 141 milliards en 2012.

Les dirigeants européens vont tout faire pour éviter de créer un précédent dont pourraient s’inspirer les Portugais, qui votent en septembre et les Espagnols, en décembre.

Un accord est néanmoins possible. La politique d’austérité mise en place par le gouvernement sortant avait permis à la Grèce de présenter un excédent primaire hors service de la dette. Personne ne souhaite, ni à Bruxelles ni surtout à Athènes, un défaut grec, qui signifierait la sortie de ce pays de la monnaie unique. Le risque systémique est limité pour l’UE . La sortie de route serait, par contre effrayante pour la Grèce, soudain privée d’aide extérieure. On dit Alexis Tsipras plus pragmatique qu’idéologue. Plus proche du modèle Lula que du modèle Chavez. Est-ce la réalité ?

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