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Lever l'anonymat des donneurs ?

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« Où t’es, Papaoutais ? Où t'es, Papaoutais ? » Avec Stromae, le message est d’autant plus efficace qu’il est minimal et répétitif. J’étais en train de lire le témoignage d’une femme née d’une insémination artificielle avec sperme de donneur anonyme, Audrey, lorsque j’ai entendu soudain retentir cette espèce d’hymne générationnel dans la chambre de mon fils. De la part de mon aîné, le fait de monter le son constituait sans doute une façon de protester contre le manque de disponibilité d’un paternel qui passe beaucoup trop de temps dans son bureau et pas assez avec sa progéniture. « Tu travailles trop, Papa, tu le regretteras quand tu seras mort », me fut-il reproché un jour.

Certes, le cas du jeune chanteur belge, grand gagnant des Victoire de la musique, est très particulier : son père, qui ne l’a pas reconnu, a disparu dans le génocide rwandais. Mais l’énorme succès de ce titre auprès du public adolescent témoigne qu’il a probablement touché quelque chose d’essentiel chez eux. Je remarque d’ailleurs que ce thème est bien représenté dans le rap français. Un garçon nommé Nono vient de mettre en ligne une vidéo assez émouvante. Titre : l’absence d’un père. Les paroles : « Dis-moi pourquoi t’es parti / Dis-moi pourquoi t’es plus là / Dis-moi si je compte pour toi / Pourquoi t’es pas resté près de moi ». Et plus loin : « Aucune confiance en personne / Il m’manque une partie de ma vie. » Nono vendra moins de disques de Stromae, mais il m’a ému davantage.

Mais je ne voudrais pas vous inquiéter, Didier Sicard. N’imaginez pas que je vais vous servir le couplet attendu sur la dégradation de l’image du père, dans nos sociétés où l’on tente de demeurer adolescent jusqu’à l’âge de la retraite , sur le père-copain qui refuse d’assumer son rôle, et compagnie... Vous allez me dire que vous n’êtes ni psychologue, ni psychanalyste. Et, en effet, ce n’est pas là que je veux en venir.

Non, j’en reviens au témoignage de cette jeune femme, Audrey, qui n’a jamais connu son géniteur, que j'ai découverte dans les colonnes du Figaro. C’est à l’âge de trente ans, alors qu’elle était déjà mère elle-même, que sapropre mère, qui se sentait libérée de son secret après avoir divorcé, a révélé à Audrey qu’elle n’était pas la fille de son père. Celui-ci était stérile. Elle dit en avoir éprouvé un vif soulagement. Parce qu’elle avait toujours su qu’elle n’était pas la fille de son père. Très tôt, elle avait constaté que sa sœur ne lui ressemblait pas – elle aussi était née d’une insémination artificielle et elle en avait conclu qu’on lui cachait son origine. « Je ne me sentais pas faire partie de cette famille », explique-t-elle. A présent, elle voudrait connaître enfin l’identité de ce géniteur anonyme auquel, forcément, elle ressemble. Elle le cherche dans les rues, parmi les passants anonymes. « Le retrouver me permettrait de lever une part du mystère et de pouvoir m’inscrire dans une histoire humaine », dit-elle.

Bien de savantes gens nous disent– je cite François Héritier – qu’il « n’y a pas de pères biologiques, qu’il n’y a que des pères sociaux ». Peut-être, mais pourquoi alors, cette quête désespérée si fréquemment constatée du père biologique, chez des personnes qui ne lui doivent rien ? Des associations militent pour la levée de l’anonymat du don au nom du droit de connaître ses origines. L’aide médicale à la procréation est, dans notre pays, assez strictement encadrée. Les dons d’ovocytes et d’embryons sont réservés aux personnes ayant déjà donné la vie, afin de leur éviter de se considérer comme des parents. Le bénévolat est de règle, contrairement à ce qui se pratique dans de nombreux pays, comme l’Espagne, les Etats-Unis, le Japon ou la Russie. Dans certains pays aussi, le Royaume-Uni, la Norvège, les Pays-Bas et la Suède, la loi autorie les personnes nées dans ces conditions à connaître l’identité de leurs parents biologiques.

La majorité des donneurs, d’après un sondage, souhaitent rester anonymes. La solution ne consisterait-elle pas à instituer un double système, comme en Belgique, où les donneurs de gamètes peuvent ou non accepter de révéler leur identité ? Libre ensuite à leur progéniture d’avoir envie ou non de les connaître.

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