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L'extension de la guerre civile syrienne à la Turquie

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A quoi joue la Turquie ? Depuis trois ans que dure l’atroce guerre civile en Syrie, le pouvoir islamiste modéré installé à Ankara n’affiche qu’une seule priorité : renverser le régime baasiste à Damas . Ankara a beaucoup servi de base arrière à ceux qui le combattent par les armes, se montrant peu regardant sur leur idéologie et leurs méthodes. La Turquie milite auprès des Etats-Unis pour des frappes contre les bastions du pouvoir syrien et la création de zones d’exclusion aérienne destinées à faciliter la fuite des réfugiés du conflit.

Rappelons que près d’un million et demi de Syriens survivent en exil en Turquie . Au cours de la semaine dernière, ils ont été rejoints par près de 120 000 réfugiés kurdes, fuyant la barbarie sanguinaire et le nettoyage ethnique pratiqués de manière systématique par l’Etat islamique. Mais la Turquie redoute à présent les incidences sur sa propre sécurité intérieure de cet afflux massif de réfugiés.

C’est de mauvaise grâce, en traînant des pieds, qu’elle a rejoint officiellement, jeudi dernier, la coalition menée, contre l’Etat islamique , par les Américains. Non parce qu’elle nourrirait des sympathies sunnites pour le soi-disant « califat », mais parce qu’elle doute que la stratégie américaine se révèle, cette fois encore, capable de restaurer un minimum de stabilité dans une région dont elle est la voisine immédiate. « Nous ne voulons pas que le régime de Damas continue à chasser sa population vers notre frontière », a dit le premier ministre Ahmet Davoutoglou. Son pays s’est engagé à coopérer avec les services de renseignement occidentaux, afin de bloquer les candidats au djihad. Mais, au sein de la coalition, il fait le service minimum.

Ainsi, face à l’attaque de Kobané, 3° ville kurde de Syrie, par les djihadistes, l’armée turque reste l’arme aux pieds . Mais si Kobané tombe, le PKK a menacé de quitter la table des négociations avec Ankara. D’ores et déjà, d’importantes manifestations en faveur des Kurdes de Syrie ont éclaté dans certaines villes de Turquie. Le pouvoir les a réprimés avec violence. Plus grave aux yeux des Kurdes : la Turquie interdit aux Kurdes de passer la frontière pour aller combattre aux côtés de leurs frères syriens à Kobané.

Ankara redoute que le PKK kurde qui tient tête, avec des moyens militaires dérisoires, aux forces de l’Etat islamique, n’empoche le prix de son sacrifice. Il est lourdement significatif que le texte présenté au Parlement turc par le gouvernement pour obtenir l’autorisation d’intervenir en Syrie mentionne le danger présenté par le PKK mais ne cite pas l’Etat islamique. De même, la « zone tampon » réclamée par la Turquie dans les régions frontalières de Syrie est dénoncée par les Kurdes comme un moyen de les attaquer, eux.

L’an dernier, un cesser-le-feu avait été décrété par le PKK, le Parti des travailleurs kurdes, dirigé depuis sa prison, par Abdullah Öcalan. Mais si les Kurdes s’imaginent obtenir des concessions du pouvoir turc, ils se font des illusions, prévient Halil Karaveli dans la revue Foreign Affairs : le pouvoir civil est, dans ce domaine, limité par les militaires. Son plus haut responsable, Necdet Özel, a prévenu qu’un territoire kurde auto-administré ne serait pas toléré. En attendant, les Kurdes font face, seuls, aux djihadistes et la Turquie regarde ailleurs .

Mais le plus inquiétant est rarement mentionné et révélé par la BBC ce matin : plusieurs Kurdes tués en Turquie au cours des derniers jours l’ont été non par la police, mais par des islamistes, favorables à l’Etat islamique. Kurdes contre islamistes : la Turquie risque-t-elle d’être emportée, après l’Irak, dans le tourbillon de la guerre civile syrienne ? Les Occidentaux n’ont-ils pas trop tardé à prendre la mesure du danger de contagion ?

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