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L'Iran, grand bénéficiaire de la politique d'Obama

3 min
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Comme je ne suis pas à Téhéran et que je ne lis par le persan, je me suis intéressé, selon une vieille habitude, à ce qu’on dit de ce pays dans les think tanks anglo-saxons. Or, si on y décèle une belle unanimité sur la manière dont la diplomatie de Barack Obama a « pivoté » vers Téhéran, ce retournement de l’histoire y est diversement apprécié.

Dans la revue Foreign Affairs, Kayhar Barzegan, directeur de l’Institut pour les études stratégiques au Moyen Orient, un think tank iranien et professeur à l’université Azad de Téhéran, appelle à renforcer cette alliance objective entre Washington et Téhéran, pour contrer et détruire l’organisation Etat islamique. Daesh, écrit le professeur Barzegan, parce qu’il vise à la création d’un califat, cherche à déstabiliser les Etats. Il fait son miel des tensions entre sunnites et chiites, entre Iran, Turquie et Arabie saoudite. Il faut, poursuit-il, apaiser ces tensions si l’on veut détruire Daesh. Cela implique de n’écarter aucune des puissances régionales des négociations sur la Syrie, et surtout pas l’Iran, qui a une expertise certaine dans le management post-conflit. Mais pour intégrer l’Iran dans cette négociation, il faut cesser de faire du départ de Bachar el-Assad un préalable. Et il faut que l’Iran, de même que la Turquie et l’Arabie trouvent leur intérêt au règlement de la guerre civile syrienne.

Sur Project Syndicate, notre ancien premier ministre, Michel Rocard prétend que les adversaires de l’acquisition par l’Iran de la bombe nucléaire – parmi lesquels il compte le président Hassan Rouhani, l’ont emporté sur l’appareil militaire, à l’issue d’une lutte politique feutrée. L’ayatollah Khamenei aurait même proclamé la bombe atomique « contraire au Coran ». Fin novembre, le guide suprême twittait pourtant : "Dans le dossier nucléaire, les arrogants ont tout fait pour mettre la République islamique à genoux mais ils n'ont pas réussi et ne réussiront pas". Mais Michel Rocard semble estimer que le déblocage des négociations sur le nucléaire iranien, censées aboutir fin juin après plus de 10 ans de marchandage, est la clé de la fin de la guerre civile en Syrie et en Irak.

Sur le site de Carnegie Endowment, David Rothkopf écrit que « lorsque Obama quittera le pouvoir, aucun pays au monde n’aura autant gagné à sa présidence que l’Iran. » Le gel du programme d’acquisition du nucléaire militaire, par Téhéran, figurerait au sommet des priorités du président américain. Pour l’obtenir, il est prêt à bien des concessions. On l’a bien vu, lors des rencontres en tête-à-tête entre le vice-président John Kerry et le ministre des Affaires étrangères, Mohammad Zarif, le 14 janvier dernier, à Genève.

Sur le site de l’Hudson Institute, Lee Smith constate que la Sécurité iranienne contrôle à présent 4 capitales arabes – Bagdad, Damas, Beyrouth (à travers le Hezbollah) et Sanaa (via la rébellion houthie). Avec l’approbation, voire parfois le soutien discret des Américains. Lee Smith met en garde ses compatriotes : Obama est en train de sacrifier les anciennes alliances américaines au Moyen-Orient, l’Egypte et l’Arabie saoudite, dans l’espoir de laisser les clefs d’une région dont il entend dégager son pays, à Téhéran. Selon un ancien conseiller de George W. Bush, Michael Doran, Obama rêve de rester dans l’histoire comme le président qui aurait réconcilié Washington et Téhéran, comme Nixon a été celui qui a lancé l’axe Washington-Pékin. Parce que l’Iran est perçu, à la Maison Blanche comme la seule puissance capable de stabiliser le Moyen Orient. Mais c’est une dangereuse illusion, selon Lee Smith : le régime islamique iranien repose sur un socle idéologique : l’opposition à l’Occident, matérialiste et mécréant, et au premier chef sur le « Grand Satan » américain. Il ne peut signer une alliance avec ce Grand Satan sans miner sa propre légitimité. Est-ce encore le cas, vu de Téhéran ?

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