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L'islam et la démocratie française

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A vingt-quatre heures d’intervalle, nous avons donc eu droit à deux déclarations parfaitement contradictoires. A Tunis, le président de la République, François Hollande lance, face à l’Assemblée nationale : « La France sait que l’Islam et la démocratie sont compatibles. » Le lendemain, l’ancien ministre et toujours député UMP Christian Estrosi contredit sur Europe 1 les propos présidentiels : « On ne peut pas se revendiquer partout de la laïcité et, en même temps, dire que l’islam et la démocratie sont parfaitement compatibles ».

On pourra ensuite ergoter sur le contexte et les subtilités du cadre d’énonciation de l’un comme de l’autre, rappeler que François Hollande a pris soin d’invoquer l’autorité du regretté Mohamed Charfi, partisan d’un compromis entre l’islam et les Lumières, reste cette question centrale, pour nos sociétés multiculturelles : l’islam et la démocratie sont-ils ou non compatibles ?

Pendant longtemps, on a considéré que les sociétés tolérantes, sécularisées mais non pas laïques – comme la Grande-Bretagne, les Etats-Unis ou les Pays-Bas, plus accueillantes envers la diversité de croyance – étaient mieux à même de faire participer en tant que telles les communautés musulmanes à la démocratie politique. Notre République laïque, forgée dans le combat de puissance à puissance avec l’Eglise catholique, est fondée sur l’idée que l’Etat doit non seulement s’abstenir de toute intervention dans le domaine religieux, mais même de toute compromission avec les autorités qui parlent au nom des communautés religieuses.

Face à une religion qui, pour des raisons qui tiennent à son histoire, tend à confondre l’Eglise et l’Etat, le spirituel et le temporel, la République a d’abord manifesté un certain embarras. Et puis, elle s’est souvenue de la manière dont l’empereur Napoléon 1° avait réuni un Consistoire, afin de disposer d’une représentation des Juifs français. D’où l’idée du Conseil français du culte musulman , idée née dans le cerveau de Jean-Pierre Chevènement, mais dont la concrétisation s’est fait longtemps attendre, puisque c’est un ministre de l’Intérieur appelé Nicolas Sarkozy qui a fini par accoucher le bébé, en 2003.

Mais à l’époque, les musulmans de France étaient, en majorité, des immigrés de fraîche date ; d’où le choix d’un « islam consulaire », avec un Rassemblement des Musulmans de France, contrôlé par le Maroc, une Fédération de la Grande Mosquée de Paris, sous influence algérienne, un Comité de coordination des musulmans turcs de France, et une UOIF censée échapper à ces clivages nationaux, mais de plus en plus financée et influencée par le Qatar. Et de fait, la moitié des 600 imams salariés, exerçant en France, sont rémunérés par l’un des quatre pays que je viens de citer, ce qui pose de sérieux problèmes de souveraineté nationale : on retrouve le vieux débat gallicanisme/ultramontanisme du temps où la monarchie était en conflit avec la puissance vaticane. Surtout que, pour les musulmans de deuxième et troisième génération, le lien avec le pays d’origine des parents tend à se relâcher.

Comme l’a dit le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, lors de l’inauguration de la Grande Mosquée de Cergy-Pontoise : « Je sais les liens qui existent entre de nombreux musulmans, souvent étrangers ou récemment naturalisés, avec leur pays d’origine. Mais notre responsabilité, c’est de construire progressivement un islam de France, un islam qui trouve pleinement ses racines dans notre pays . » A cet appel, certaines organisations musulmanes réagissent fraîchement ; elles subodorent un appel au « renoncement », l’invite à une « pratique minimaliste » à la limite de l’apostasie. Elles redoutent que l’Etat français ne cherche à susciter une forme de « protestantisme » , d’Islam « réformé de France », pleinement compatible avec la République.

Reste que lors des élections qui viennent d’avoir lieu, on a retrouvé les organisations habituelles – RMF, FGMP, UOIF et qu’elles se sont distribuées les postes de direction, sans tenir compte du vote des fidèles – ce qui ne témoigne guère d’un enracinement de la culture démocratique. Du coup, une nouvelle structure, Mosquées et Musulmans solidaires a été créée, qui se pose en rivale du CFCM.

Voilà pour l’actualité. Mais restent la question de fond : comment peut s’organiser, dans le cadre républicain, une religion qui n’a pas d’autorité centrale, pas de clergé unifié ?

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