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Littérature-monde

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En 2002, un essai universitaire édité en Grande-Bretagne, fit un grand bruit. Parodiant un titre de film célèbre de George Lukas, « L’empire contre-attaque », il s’intitulait « The Empire Writes Back ». Jeu de mot intraduisible. Quelque chose comme : L’Empire répond, l’Empire écrit en retour. Et il était sous-titré : Théorie et Pratique en Littérature post-coloniale.

Les auteurs pointaient un fait passé quelque peu inaperçu jusque là Londres : beaucoup des meilleurs écrivains anglais de la nouvelle génération n’étaient pas spécialement originaire des îles britanniques, mais étaient nés en Inde, au Pakistan, dans les Caraïbes, en Afrique, bref « issus de l’immigration », comme on commençait à dire chez nous. On les connaît ici : Salman Rushdie, Hanif Kureishi, Ben Okri, Arundhati Roy, Kazuo Ishiguro

Les lettres britanniques ont été revivifiées, en effet, par une grande clameur venue des ex-colonies. Et contrairement à un Sir Naipaul, qui va jusqu’à en rajouter dans la Britishness – cottage, thé à 5 heures et understatement - ils ne se sont pas conformés pas aux valeurs et au style du pays d’accueil. Au contraire, ils ont fait souffler sur la littérature de langue anglaise une puissance créatrice, une ironie, des mythologies, une langue surtout, qui était le produit d’un métissage savoureux entre les traditions locales et celles qu’ils y importaient. Et force est de reconnaître que les Anglais, si peu curieux des littératures étrangères – ils traduisent beaucoup moins que nous – ont reconnu l’influence bénéfique de cette world literature. Comme me disait ce bon Theodore Zeldin : « avant nous avions l’Empire, mais c’était loin. Maintenant, nous avons encore l’Empire, mais sur place, chez nous. »

C’est sans doute ce qui a donné l’idée aux signataires d’un manifeste qui n’a pas perdu de son actualité, cinq ans après. « Pour une littérature-monde en français » renvoyait d’un même geste l’idée de francophonie et celle de littérature expérimentale. Le manifeste entendait promouvoir et le « frisson du dehors » et les « raconteurs d’histoire ». Il appelait de ses vœux la renaissance du roman, mais « bruyant, coloré, métissé ».

Plus qu’un signataire, vous passez pour avoir été, Alain Mabanckou , l’un des inspirateurs de ce mouvement qu’on a baptisé « littérature-monde ». Ce mouvement, il a germé à Bamako, Mali, lors du Festival Etonnant Voyageur, cuvée 2006, où vous vous trouviez. Vous avez d’ailleurs bataillé ferme et avec succès pour que l’édition 2013 d’Etonnant Voyageur se tienne au Congo-Brazzaville, votre pays de naissance . Ce pays de votre enfance où vos pas vous entraînent dans votre dernier livre, Lumières de Pointe Noire, qui m’a rappelé les classiques de Pagnol, La gloire de mon père, Le château de ma mère…

Mais certains n’ont pas compris pourquoi votre mouvement était aussi nettement orienté contre la francophonie . Bien sûr, le mot est connoté de manière désastreuse. Il évoque l’institution, la bureaucratie autosatisfaite , mais ne fait-il pas sa part à ce que vous prétendez défendre : l’idée que la littérature d’expression française n’a plus son centre à Saint-Germain-des-Prés, mais un peu partout au Maghreb, aux Antilles et en Afrique ? On lui reproche son parfum post-colonial, mais elle n’a jamais exclu les Aimé Césaire, Patrick Chamoiseau et Edouard Glissant.

Comment se fait-il qu’aujourd’hui, le mot « francophonie » vous semble, à vous, contredire l’idée de « littérature-monde » ?

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