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L'oligarchie des incapables

4 min
À retrouver dans l'émission

Dans les Annales, Tacite constate, en une maxime bien frappée, à la romaine, que la prolifération des normes juridiques est souvent le signe que le pouvoir cherche à dissimuler quelque chose : « corruptissima republica, plurimae leges ». C’est quand la république est très corrompue, que les lois prolifèrent. A chaque nouvelle affaire, le pouvoir du moment, sur la défensive, a réagi par une nouvelle loi de moralisation de la vie publique .

Cela a commencé en 1988, à la veille de l’élection présidentielle, à l’initiative de Jacques Chirac on crée une Commission pour la transparence financière , mais il faudra attendre l’arrivée de Michel Rocard à Matignon, deux ans plus tard, pour que l’on dispose enfin d’une loi sérieuse sur le financement de la vie politique. Elle se révèle insuffisante, puisqu’en 1993, est adoptée la « loi Sapin » sur la prévention de la corruption, et une autre, deux ans plus tard, à l’initiative de Philippe Séguin. En 1995, une loi organique vient compléter la loi de 1988. En 2011 - à la suite de l’affaire Woerth , et pour l’enterrer - est rendue obligatoire, pour chaque ministre entrant au gouvernement, des « Déclarations d’intérêt » à remettre au Premier ministre…

Bref, on ne cesse d’empiler les législations de moralisation, toutes censées définitives, et l’actuel gouvernement s’apprête à ajouter une nouvelle couche à cet édifice branlant.

Pendant des années, le public a assisté, avec ironie, au spectacle de gouvernants se pavanant dans les palais dorés de l’ancienne aristocratie avec une morgue de parvenus , fonçant en cortèges à travers les embarras de Paris comme si la place leur était due, dépensant sans compter les deniers publics, comme l’a établi, dans ses livres, le député René Dosière .

C’est que la croissance, voyez-vous, était au rendez-vous et que les caisses de l’Etat, quoiqu’insuffisantes à couvrir les besoins toujours croissants de nos administrations, progressaient avec régularité.

Mais les temps ont changé. L’économie française est au point mort depuis maintenant cinq ans. Les déficits publics restent extravagants (à 4,8 % du PIB, en 2012, 3,7 % prévus cette année), malgré des hausses d’impôts sans équivalent en temps de paix. Le pouvoir, pressé par l’Europe et les marchés, de retrouver un cap moins hasardeux, promet la rigueur, mais ne se l’applique pas à lui-même .

Et, comble d’ironie, le ministre chargé d’imaginer de nouvelles taxes, de nouveaux impôts, de nouveaux malus, de nouvelles pénalités, d’imaginer de nouvelles coupes dans les programmes sociaux, le ministre du Budget, s’avère être lui-même un fraudeur , qui cache son patrimoine dans un paradis fiscal…. Jérôme Cahuzac, l’homme qui diligentait les contrôles fiscaux avec un zèle de grand inquisiteur - s’était arrangé pour soustraire son propre patrimoine à la loi qu’il avait pour charge d’appliquer aux autres…

Cette révélation ne peut qu’aggraver le discrédit dans lequel plonge chaque jour un peu plus la minuscule élite que deux auteurs avaient nommée « l’oligarchie des incapables ». Non seulement, la caste au pouvoir s’est révélée incapable de dire la vérité sur un modèle économique et social dont l’inadaptation saute aux yeux, avec 5 millions de demandeurs d’emplois et 1 700 000 personnes subsistant du minimal social, mais elle n’a jamais eu le courage d’entreprendre les réformes que tous nos partenaires ont déjà engagées et qui nous permettraient peut-être de sortir la tête hors de l’eau. 38 % de nos compatriotes aimeraient quitter le pays s’ils en avaient les moyens . Malgré les mensonges de leurs dirigeants, ils se savent embarqués sur le Titanic.

Bien sûr, le populisme, avec ses solutions simplistes et ses discours enflammés, trouve dans cette situation des occasions propices et c’est un premier problème, car la conjonction des extrêmes pourraient bien rendre le pays ingouvernable, en ruinant l’autorité des gouvernants.

Mais en outre, la remise en mouvement de notre économie exige des réformes qui n’ont que trop tardé et qui nécessiteraient une approbation massive de nos concitoyens , ainsi qu’un consensus courageux des élus de tous bords – et non une opposition qui fait la politique du pire. Dans un contexte politique marqué par le risque du discrédit général des élus, cela va devenir encore plus difficile.

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