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L'Orient compliqué

4 min
À retrouver dans l'émission

Décidément, l’Orient est bien « compliqué » et pour nous en convaincre, la romancière libanaise Dominique Eddé a recours à un genre littéraire parfaitement adéquat à son projet : le roman d’espionnage. Car comme chez Le Carré et consort, s’il se prépare meurtres et attentats, ceux qui tirent les ficelles, dans l’ombre, sont rarement ceux qu’on croit. Les comploteurs sont eux-mêmes manipulés. Les vestes se retournent dans tous les sens. Se superposent aux rivalités de puissances, les liens secrets des clans familiaux, leurs vieilles haines et leurs secrets honteux.

Entre Beyrouth, Damas, Washington et Paris, tous les jeux sont truqués et la vie humaine ne vaut pas cher. Les personnages les plus vigilants et les plus déterminés à rester maîtres de leur destin ne sont que les pièces d’un effrayant jeu d’échec dont les règles leur échappent.

Bien des choses tournent autour de l’abominable Sayf Eddine Janna, chef des services de renseignement syriens, tortionnaire sadique, qu’on devine inspiré par des personnages, hélas, authentiques. Il y a bien trop de gens décidés à le supprimer ce bourreau professionnel. Non seulement Kamal Jann, le héros du roman, son neveu dont il a éliminé les parents et qu’il a abusé sexuellement dans son enfance ; mais aussi la CIA, qui le soupçonne de préparer un attentat contre son ambassade de Paris ; de riches réseaux saoudiens qui rêvent de renverser le pouvoir alaouite et de le remplacer par un pouvoir sunnite ; et puis ses employeurs eux-mêmes, les dirigeants baasistes, qui veulent faire disparaître ce témoin gênant et donner des gages d’ouverture aux Américains. Mais c’est de sa propre épouse, Riwaya qu’il recevra le poison qui tue à petit feu ; Riwaya, qui a peur d’être assassinée et décide de frapper la première. Bien sûr, aux obsèques, tout le gratin politique viendra hypocritement consoler la veuve…

Je me demande si la vision que vous avez du Moyen Orient, Dominique Eddé, n’est pas d’abord une vision libanaise . Vous rapportez ces propos désabusés qu’on entend, paraît-il à Beyrouth, sur ce pays en forme de poudrière communautaire, décimé par une guerre civile de 15 ans. C’est le pauvre Liban, longtemps oasis de culture et de liberté, que les puissances de la région - et quelques autres aussi - ont transformé en champ de bataille, en attisant la haine entre les communautés. C’est par Libanais interposés que Syriens, Israéliens, Iraniens, Saoudiens, Egyptiens, Américains, Russes… et Français ont réglé leurs comptes.

En Syrie , me semble-t-il, les choses sont tout de même plus simples et ressemblent à ce qu’elles étaient en Libye : un pouvoir despotique et sanguinaire, de type clanique, a mis le pays en coupe réglée et n’entend pas lâcher le morceau. Il est prêt, pour se maintenir en place à utiliser les armes lourdes contre sa propre population. Ce n’est pas nouveau : le père avait attaqué Hama au canon, y causant 20 000 morts. Le fils attaque Homs. Pas de noirs complots, ni de manipulation des puissances. Juste les Russes et les Chinois qui ont des intérêts et se moquent bien de la démocratie et des droits de l’homme. Certes, les minorités religieuses – chiites, chrétiens, druzes, etc. – redoutent, non sans raison que des élections libres ne donnent tout le pouvoir aux sunnites, majoritaires.

Mais le Liban, où le clan Assad a commis tant de crimes, ne respirerait-il pas mieux si le clan Assad était chassé de Damas ? La « Révolution du cèdre date de 2005, mais la Syrie d’Assad a-t-elle jamais renoncé, depuis, à s’ingérer dans les affaires libanaises, profitant de leur… complexité ?

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