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L'UE, canard sans tête

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Je ne sais pas si, comme l’a affirmé hier soir François Hollande, « nous avons tous les éléments » pour sortir enfin de la crise. Le « choc de simplification », c’est une initiative à saluer bien des entrepreneurs, bien des artisans gaspillent une partie de leur temps de travail à remplir des formulaires qui semblent n’avoir d’autre fonction que de justifier l’existence des fonctionnaires qui les rédigent et en compilent les réponses… L’accord-emploi introduit, certes, un début de flexisécurité dans nos relations du travail mais nous avons encore bien du chemin à faire. Les contrats d’avenir formeront une nouvelle couche d’emplois aidés, de faux-emplois, débouchant rarement sur un véritable et solide CDI. Quant aux contrats de génération , ils sont peut-être plus prometteurs, mais ils ne remplaceront pas l’apprentissage qui permet aux jeunes Allemands de connaître un taux d’emploi très supérieur aux jeunes Français. En ce qui concerne les promesses de réductions des dépenses, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elles restent à être précisées. Pour l’instant, la rigueur prend surtout la forme d’un alourissement des taxes et des impôts , qui fait de la France, avec près de 47% du PIB ratissés par les prélèvements obligatoires, l’un des champions du monde de la catégorie.

Mais à trop se focaliser sur la scène politique intérieure, on perd de vue la dimension européenne des problèmes que nous rencontrons. Problèmes économiques et problèmes politiques sont étroitement liés.

L’Union européenne est bien partie pour une « décennie perdue », telle que celles qu’a connues le Japon. La croissance sera, cette année, négative dans l’ensemble de la zone euro, à - 0,3 %, avec des récessions très marquées dans les pays du Sud.

Comme au Japon, à la fin des années 80, les banques européennes continuent à masquer la dangereuse fragilité de leurs bilans lorsque celles-ci se transforment en crise systémique, comme à Chypre, exemple extrême, les dégâts collatéraux peuvent s’avérer meurtriers. Or, comme au japon, cette crise bancaire larvée aggrave la situation des finances publiques , car les dettes privées sont épongées par les Etats.

Dans les années 90, le Japon, persuadé que le problème provenait d’une faiblesse de la demande, s’est lancé dans une politique de relance keynésienne : elle n’a eu pour effet que de rendre insoutenable sa dette publique, sans effet notable sur la croissance. L’UE a échappé à cette tentation , qui a pris, un moment la forme des eurobonds et de l’ajout d’une « dette européenne » à la dette des Etats.

Au contraire, Bruxelles a imposé aux gouvernements des plans de retour à l’équilibre, en échange de l’aide européenne. Mais qu’ils prennent la forme de coupes dans les dépenses, comme en Espagne, ou d’alourdissement des impôts comme en Italie, ou en France, ces tours de vis pèsent sur la croissance , en rendant plus compliqué encore l’horizon d’un retour à l’équilibre. Enfin, comme le Japon, l’Europe connaît un grave problème démographique, qui fait de la question des retraites une bombe à retardement.

Mais la différence entre le Japon des deux décennies perdues et l’Union européenne d’aujourd’hui, c’est que Tokyo n’a jamais eu à affronter un chômage de masse tel que celui qui frappe aujourd’hui les pays du Sud. Or, cette situation est socialement intolérable. Elle s’est déjà traduite, en Italie, par la « victoire des bouffons » sur les technocrates. Dans toute l’Europe – y compris dans les pays du Nord, moins touchés par la crise, mais exaspérés à l’idée de devoir payer pour les autres, le populisme anti-européen est en plein essor.

Chez nous aussi, une véritable course à l’échalote est engagée entre les deux extrêmes de l’échiquier politique pour se disputer la partie la plus exaspérée de l’électorat. Une propagande qui mêle les thèmes de la critique sociale (les banquiers affament le peuple, l’intérêt du capital est de fermer les usines) et la critique nationale (les élites sont cosmopolites, elles manquent d’esprit national les étrangers détournent l’argent de la solidarité nationale) ce mélange constitue, on le sait d’expérience, un bien dangereux cocktail…

Mais s’il finit par provoquer une explosion quelque part, les dirigeants européens n’auront qu’à s’en prendre à leur propre incapacité à indiquer une sortie de crise concertée . Il est illusoire d’attendre une solution crédible de la France seule et de son président en particulier.

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