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L'UE, démocratie de négociations

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C’est bien commode, l’Union européenne. Si elle n’existait pas, sur qui les gouvernants européens défaillants pourraient-ils se défaire de leurs échecs ?

Prenez la crise grecque. En 2008, Konstantin Karamanlis fait un bon bilan de son gouvernement. Certes, il laisse un déficit de 6 % du PIB, mais qui est en voie de réduction, grâce à des rentrées fiscales prometteuses. Or son rival, Georges Papandréou, à peine élu, refait les comptes : en réalité le déficit est proche de 13 % du PIB, les recettes fiscales sont très insuffisantes, parce que 20 % de l’économie a basculé dans le gris. Il faut à la Grèce un prêt d’urgence de 53 milliards, sinon c'est le défaut de paiement. En tout, l’aide à ce pays se chiffre aujourd’hui à 240 milliards d’euros. La faute à l’Europe.

Prenez la crise espagnole. Lorsqu’elle éclate, le pays présente une dette publique très raisonnable (autour de 60 %). Mais le pays est atteint par l’éclatement de sa bulle immobilière . Les prix de l’immobilier sont comme les autres : ils ne montent jamais jusqu’au ciel. Le pays souffrait en outre d’un des marchés du travail les plus rigides du monde, legs du paternalisme franquiste. La faute à l’Europe !

A nous, maintenant. Notre dette publique caracole : elle atteindra 1 950 milliards cette année. Les intérêts annuels dépassent déjà le budget de l’Education nationale . Mais c’est la faute de Bruxelles ! Nos exportations déclinent régulièrement et nous sommes incapables de respecter les engagements auxquels nous avons souscrit en échange des grands avantages que nous procure la monnaie européenne. Mais si notre compétitivité s’érode, ce n’est pas pour cause d’investissements insuffisants, de prélèvements sociaux trop supérieurs à ceux de nos voisins, non, non, c’est la faute de l’Europe, vous dis-je. Le pouvoir d’achat stagne et va probablement entamer sa descente, mais ce n’est pas la faute de dirigeants incapables de mener les réformes qui demanderaient un peu de courage politique . Non, c’est la faute de Bruxelles, de la Commission, d’une bande de technocrates, ou alors d’Angela Merkel.

Durant 4 ans et 11 mois, nos dirigeants nationaux nous répètent que tout irait tellement mieux si Bruxelles nous laissait dépenser davantage. Si la Commission acceptait d’ajouter une petite couche de dette européenne à nos dettes nationales. Si Franfort laissait l’euro dégringoler au niveau du dollar, nos entreprises redeviendraient soudainement exportatrices….

Sans oublier, ceux qui tentent de faire fructifier leur petit capital électoral, en agitant, chaque fois, un nouveau monstre du Loch Ness. Souvenez-vous : en 2004, c’étaient les Accords du GATT qui s’apprêtaient à enterrer notre industrie du cinéma, avec l’exception culturelle tout entière. En 2009, c’était au tour de la Directive Bolkenstein de menacer nos artisans d’une invasion de « plombiers polonais ». Cette fois-ci, c’est le tour du Traité transatlantique , qui s’apprête à déposer dans nos assiettes le fameux « poulet à l’eau de Javel ». Mais il faut bien donner au Front de Gauche une chance de combler une partie de son retard sur l’autre Front…

Car soudain, au mois de mai de la 5° année, on s’aperçoit qu’en faisant porter à l’Union européenne la responsabilité de tous nos échecs, de notre préférence bien française pour la remise des réformes à demain, on risque d’envoyer à Strasbourg un contingent exagéré d’adversaires du projet européen lui-même.

Alors, on feint de croire qu’il existerait un fossé idéologique entre une commission sous présidence Martin Schmidt et celle que présiderait Jean-Claude Juncker. Le coup des Ténèbres et de la Lumière. C’est un artifice pathétique. Il n’y a pas l’épaisseur d’une page de la Pléiade entre le programme du social-démocrate allemand et celui du social-chrétien luxembourgeois. Pourquoi vouloir transposer in extremis notre « démocratie de confrontation », assez artificielle, dans une enceinte régie par la « démocratie de négociations », pour emprunter à Jean-Louis Bourlanges ? Dans un système confédéral, il est maladroit de chercher à imposer une politisation excessive de l’exécutif. Comment un Etat membre qui a majoritairement voté à gauche accepterait-il de se voir imposer une politique définie par une commission européenne marquée à droite et réciproquement ? Vous imaginez un Parlement européen composé d’une « majorité », votant systématiquement en faveur des projets de la Commission et une « opposition », votant systématiquement contre, comme à l’Assemblée nationale. Par bonheur, c’est inconcevable.

Le conseil fédéral suisse est composé selon une « formule magique », qui ménage toutes les principales composantes politiques de la Confédération. C’est plus conforme à l’esprit européen.

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