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L'UE doit-elle s'inspirer de l'abenomics ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Les Européens regardent avec beaucoup de curiosité la politique économique menée au Japon depuis décembre 2012 – date du retour aux affaires du conservateur Shinzo Abe . Nous l’observons avec d’autant plus d’attention que les analystes prédisent, depuis quelques temps, à l’Europe un destin semblable à celui qu’a connu le Japon dans les années 90 et 2000 : déflation, croissance inexistante, endettement public intenable. Deux « décennies perdues » pour ce pays, autrefois modèle industriel et locomotive du monde. Nous voudrions bien nous épargner une telle épreuve. Devons-nous nous inspirer de « l’abenomics » c’est-à-dire tourner le dos aux politiques orthodoxes que s’impose la zone euro, sous l’influence de l’Allemagne ? Au lieu d’empêcher le retour de l’inflation, s’employer à la provoquer, comme le fait Tokyo ? Encore faut-il savoir si la recette de Shinzo Abe peut marcher à moyen terme. Beaucoup d’économistes en doutent.

Mais qu’est-ce que l’abenomics ? Shinzo Abe explique qu’il compte manier « trois flèches » pour atteindre sa cible. Première flèche : un plan de relance budgétaire massif , qui vise à redynamiser, notamment, le secteur du bâtiment et de la construction par de grandes commandes d’infrastructure. Deuxième flèche : une politique monétaire expansive – en clair de la fabrication de monnaie qui devrait faire doubler la masse monétaire en deux ans . Abe en attend une baisse de la valeur du yen, qui permettra de favoriser les exportations, d’une part, de rembourser en monnaie dévaluée l’extravagante dette publique japonaise (245 % du PIB !). Enfin, la troisième flèche, la moins populaire dans l’opinion, c’est pourquoi le Premier ministre a sagement attendu les élections au Sénat avant de la tirer, ce sont des réformes de structure , destinées à doper la productivité de l’économie : baisse de l’impôt sur les sociétés, compensé par une hausse de la taxe sur la consommation qui va doubler en trois ans, flexibilisation du marché du travail, dérégulation. Depuis que Tokyo a obtenu les Jeux Olympiques de 2020, le Japon peut se vanter de compter, à son carquois, une quatrième flèche.

En tous cas, ce succès contribue à attirer les regards vers l’expérience en cours au Japon. Pour l’instant, les résultats sont encourageants : la croissance est de retour, autour de 3 à 4 % en rythme annuel, le secteur immobiliser a été redynamisé, la bourse, dopée, s’envole. Mais à plus long terme, bien des observateurs crient : casse-cou !

En inondant les marchés de liquidités, on crée des bulles , dont l’explosion risque fort de provoquer une nouvelle crise. La bonne santé apparente de la balance des paiements n’est qu’un effet indirect de la dévaluation du yen : comme l’a écrit Yann Rousseau dans Les Echos ce matin, « rapatriés et convertis dans la devise nippone, leurs revenus à l’étranger apparaissent régénérés, même s’ils n’ont pas vendu plus de voitures ou de smartphones. Enfin, on soupçonne Abe de pratiquer la « répression financière » : puisque la quasi-totalité de la dette publique japonaise est détenue par les ménages nippons, quoi de plus simple que d’aller chercher dans leurs patrimoines de quoi la rembourser… En tous cas, les marchés financiers eux aussi, regardent l’expérience avec curiosité. Si elle échoue, les taux d’intérêt exigés du Japon s’envoleront… Et une nouvelle crise mondiale n’est pas exclue. Qu’en pensez-vous ?

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