LE DIRECT

L'UE, face à "l'arme du gaz"

4 min
À retrouver dans l'émission

En janvier 2009 déjà, les tensions entre la Russie et l’Ukraine avaient provoqué une interruption de 2 semaine de nos approvisionnements en gaz . Certaines usines avaient dû décréter le chômage technique en Italie et, en Bulgarie, on avait dû renoncer à se chauffer et à s’éclairer... Otage de négociations opaques et politisées entre Russes et Ukrainiens, l’Union européenne faisait ainsi les frais d’un conflit qui ne nous concernait pas. Et cela alors même que nous pouvions nous croire à l’abri des caprices de Moscou. En effet, les contrats d’approvisionnement qui nous lient à Gazprom sont de long terme et la fixation des prix ne dépend pas des humeurs du Kremlin : ils sont régis par des procédures d’indexation automatique sur les cours mondiaux du pétrole.

Mais nous avons pu mesurer, à cette occasion, combien nous sommes devenus dépendants d’un fournisseur imprévisible , qui ne cache nullement sa volonté d’utiliser l’arme du gaz comme un moyen de pression diplomatique. L’arme du gaz.

En avons-nous tiré toutes les conséquences ? La sécurité énergétique de l’Union européenne est-elle mieux assurée aujourd’hui qu’il y a 5 ans ? Sommes-nous moins dépendants du fournisseur russe et moins soumis à ses pressions politiques ?

Sous l’impulsion de la Commission européenne, quelques progrès ont été accomplis dans le domaine du gaz. L’Union a adopté diverses mesures de stockage elles permettraient de parer provisoirement à une rupture des approvisionnements. Les circuits de distribution sont mieux interconnectés. Et surtout, le gazoduc Nordstream, qui relie directement la Russie à l’Allemagne permet théoriquement d’approvisionner l’Europe, en cas de conflit entre l’Ukraine et la Russie. 50 % de nos approvisionnements en gaz russe passent ainsi désormais sous la mer Baltique. Mais on est encore très loin de l’indépendance énergétique. Or, l’UE dépend du gaz pour environ un quart de son mix énergétique et un bon tiers de ce gaz nous vient de Russie.

Notre Union est loin d’avoir une politique énergétique commune. Et lorsqu’ils s’en vont négocier à Moscou un par un, nous gouvernements se font rouler dans la farine par un Poutine, expert à nous jouer les uns contre les autres . Quitte à acheter directement certains dirigeants, comme Gerhard Schröder, salarié surpayé d'une entreprise d'Etat russe...

La bonne nouvelle, c’est que cette dépendance est réciproque : la Russie exporte 53 % de sa production de gaz vers l’UE, ce qui lui rapporte 17 milliards d’euros par an. L’économie russe est une économie de rente : elle dépend de ses exportations de gaz et de pétrole. Et elle ne dispose pas des infrastructures nécessaires pour réorienter sa production vers l’Asie.

Pourtant, le conflit actuellement en cours entre la Russie et l’Ukraine démontre que les illusions qu’on pouvait nourrir, en l’Europe, sur les perspectives d’un « partenariat stratégique » avec la Russie s’avèrent illusoires. Le régime de Vladmir Poutine entend incarner une alternative, nationaliste et autoritaire, à notre modèle d’intégration , démocratique et fondée sur les droits de l’homme. Moscou exerce des pressions de plus en plus fortes sur les pays émancipés de l’ex-URSS qui tentent de s’engager dans des relations étroites avec notre Union européenne. Hier, ces pressions se sont exercées sur l’Arménie. Aujourd’hui, c’est l’Ukraine qui paye au prix fort, celui du risque de démantèlement, son désir de coopération avec l’Europe.

Une étude du think tank britannique Centre for European Reform consacrée aux relations entre l’Union européenne et la Russie invite la future Commission à « reconnaître enfin cette réalité » et à nous doter enfin des moyens collectifs d’échapper à la dépendance énergétique envers la Russie.

Faut-il compter sur le gaz de schistes américain ? Cela peut-il faire partie des négociations pour le Partenariat Transatlantique TTIP ? Faut-il se tourner vers le Qatar, qui dispose de réserves gigantesques ? Faut-il relancer la construction de centrales nucléaires ? Ou faut-il abandonner cyniquement les Ukrainiens à leur sort, en se résignant à voir notre Europe voisiner durablement avec des Etats autoritaires et potentiellement instables, comme l’est aujourd’hui la Biélorussie ?

On voit bien, en tous cas, que ces questions ne peuvent être traitées que dans le cadre européen et ces questions devraient figurer au premier rang dans la campagne électorale pour l’élection de nos représentants au Parlement européen.

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......