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L'UE, puissance commerciale / la Russie, puissance militaire

4 min
À retrouver dans l'émission

Si la nuée porte l’orage, l’Union européenne, elle, est censée propager la paix. Détestant par-dessus tout le conflit, notre fragile union de petites républiques marchandes a constamment misé sur le commerce et sur le droit pour éteindre les contentieux et les querelles. Elle a fait sienne le principe de Montesquieu : « L'effet naturel du commerce est de porter la paix . Deux nations qui négocient ensemble se rendent réciproquement dépendantes: si l'une a intérêt à acheter, l'autre a intérêt à vendre; et toutes les unions sont fondées sur des besoins mutuels. »

L’UE a aussi hérité de Léon Bourgeois les idées de « la paix par le droit ». Le chantre du solidarisme et du socialisme libéral, Prix Nobel de la Paix très injustement oublié aujourd’hui, déclarait en ouvrant le 1° Conseil de la Société des Nations le 16 janvier 1920 : « La décision que aurez à prendre aujourd’hui sera le premier décret rendu en commun au nom de toutes les nations libres qui, pour la première fois, se sont liguées pour substituer au règne de la force, l’empire du droit . » (Citation faite par Bertrand de Jouvenel, qui y assistait, dans Le Réveil de l’Europe, p. 33/34)

La Paix par le commerce et par le droit : l’Union européenne, qui n’a jamais fixé de limites géographiques à son expansion, étend par contamination ses valeurs. Elle n’agite aucun bâton, mais seulement une belle carotte : l’accès à son fameux marché intérieur, archi-régulé, ainsi que sa toute-puissante Cour de Justice qui dit le droit. La Politique de voisinage est basée sur un principe simple : réformes économiques et bonne gouvernance vous entrouvrent la porte du Grand Marché. Toute violence interne ou envers vos voisins vous disqualifie pour longtemps.

Mais voilà que notre paisible somnolence est troublée par un grand pays au bord de la guerre civile à notre frontière orientale. Voilà qu’un immense empire, qui s’étend sur 11 fuseaux horaires, s’engage dans un dangereux processus de modification des frontières héritées de la 2° Guerre Mondiale et de la fin de la guerre froide. Pendant que nous rêvions d’expansion pacifique et de « soft power », l’empire de Vladimir Poutine prenait des gages et marquait des points .

Regardez une carte : la Russie a puni les velléités d’indépendance de la Géorgie , en amputant ce pays des deux provinces d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud elle maintient des forces militaires entre Ukraine et Moldavie, dans le minuscule territoire de la Transnistrie , un pseudo-Etat de 500 000 habitants, censés avoir voté à 97 % pour l’indépendance. La Transnistrie, qui a sa propre monnaie, son Soviet suprême et ses statues de Lénine, dénonce les « fascistes de Kiev ». Personne ne s’est formalisé que la Fédération de Russie maintienne une Flotte de la Baltique en plein milieu de l’Union européenne : Kaliningrad , territoire enclavé entre la Lituanie et la Pologne, appartient à la Fédération de Russie. On sait que la 2° Guerre Mondiale a commencé pour le territoire enclavé de Dantzig. Il y a des russophones en Ukraine, mais il y en a aussi beaucoup en Estonie et en Lettonie . Peuvent-ils être appelés, eux aussi, à occuper les bâtiments publics et à réclamer l’intervention russe, en cas d’arrivée au pouvoir d’un gouvernement déplaisant trop fortement à Moscou ?

Dans l’immédiat, bien des questions se posent :

La Russie peut-elle empêcher le déroulement des élections présidentielles du 25 de ce mois , en Ukraine ? De telles élections démocratiques et transparentes – à la différence de la farce que ses partisans ont organisée hier, montrerait quel est le vrai poids des pro-Russes dans ce pays. Elles doteraient le pouvoir de Kiev d’une représentativité et d’une légitimité dont Vladimir Poutine ne veut à aucun prix.

Une partition du pays est-elle le seul moyen pour empêcher la guerre civile ? Peut-on l’éviter en repensant les relations entre Kiev et les régions dans le cadre d’une solution fédérale ? Et Moscou peut-elle s’en contenter ?

L’Ukraine peut-elle obtenir un gouvernement décent – j’entends non corrompu –, sans se rapprocher davantage de l’Union européenne et Vladimir Poutine peut-il tolérer, aux portes de son Etat autoritaire et de sa démocratie sous contrôle, un bon exemple, sans craindre la contagion chez lui ? L’Ukraine peut-elle éviter d’avoir à choisir entre deux modèles d’intégration régionale, rivaux et incompatibles ?

Dans son éditorial de ce matin, paru dans Les Echos, Dominique Moïsi dit que l’Europe est divisée entre partisans de l’apaisement envers la Russie, qui estiment que l’Europe, à la différence des Etats-Unis, est trop dépendante du gaz russe et trop faible militairement pour s’opposer aux prétentions de la Russie sur ses voisins et partisans d’une opposition résolue qui disent redouter de voir l’UE tomber sous la coupe de Moscou, devenue de facto son « protecteur » - comme dans les films de gangsters. Quelle est l’opinion qui prédomine ?

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