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Lueurs d'espoir sur l'Europe

4 min
À retrouver dans l'émission

A se focaliser de manière excessive sur « l’austérité budgétaire », le débat sur les moyens de sortir de la crise de l’euro, dans notre pays, s’égare. Car le problème auquel nous sommes confrontés, en Europe, est moins celui de l’emballement des dettes publiques que celui de la divergence des performances entre les Etats membres . La monnaie unique était censée faire converger les économies et les politiques budgétaires des pays qui l’ont adoptée. De même que le grand marché unifié a appelé la création d’une monnaie unique, de même celle-ci était censée imposer, à terme une politique budgétaire partagée, une fiscalité alignée, etc.

Dans les faits, comme on sait, l’édifice bancal d’une monnaie unique sans autorité budgétaire commune a provoqué le contraire : des divergences de performances qui ont bien failli emporter l’édifice. Car l’inadaptation aux défis de la crise peut être rendue responsable de l’aggravation brutale de problèmes qui lui préexistaient : la désindustrialisation et le recul de la compétitivité des pays du Sud – et au premier chef de la France l’aggravation de la corruption politique en Grèce legonflement de la bulle immobilière en Espagne et des dépôts russes dans les banques chypriotes.

Plus grave encore peut-être, au plan politique, on a vu les opinions publiques du Sud et celles du Nord, là aussi, diverger et entrer en conflit. Les Sudistes accusant les Nordistes de les étrangler avec une monnaie surévaluée et des politiques budgétaires inutilement rigoureuses, les Nordistes répliquant qu’elles ont déjà payé assez cher pour le laxisme des membres du « Club Méd », à qui elles se refusent à confier leur carte de crédit.

Des deux côtés, les populismes ont réactivé les vieilles rancoeurs , promettant que tout irait beaucoup mieux si chacun retirait ses billes : « y’a qu’à ressortir notre bonne vieille monnaie, avec laquelle on pourra dévaluer, rembourser les dettes avec des billets de Monopoly, puis reconquérir nos parts de marché à l’export en baissant nos prix, dit-on, d’une part. Il n’y a qu’à créer un euro du Nord, avec les gens sérieux – Allemagne, Autriche, Finlande, Luxembourg et Pays-Bas – disent les autres et laisser les cigales régler leurs dettes, devenues non remboursables à coup de décotes, comme on l’a fait en Grèce, dit-on de plus en plus de l’autre côté. Sinon, nous serons entraînés dans l’effondrement de la France – le maillon faible, qui menace de craquer. (Hans-Olaf Henkel, ancien président de la Fédération des industries allemandes sur Project Syndicate).

Et pourtant, il existe des signes relativement encourageants. Jean Pisani-Ferry les détaillait dans une note récente. Le commerce extérieur de l’Espagne, surtout, mais aussi de l’Irlande, du Portugal et de la Grèce, longtemps déficitaire, s’est redressé . Les réformes en Italie ont commencé à payer. Certes, cette amélioration reflète, dans plusieurs cas, davantage un effondrement de la demande intérieure qu’un effort de compétitivité, mais cette contraction était devenue incontournable, dans des pays qui ont vécu longtemps au-dessus de leurs moyens. Les exportations de l’Espagne hors UE qui ne représentaient que le quart des nôtres à la veille du passage à la monnaie unique s’élèvent désormais à la moitié.

Ces performances suffiront-elles à permettre à ces pays de se désendetter ? En tous cas, ils ont engagé un processus de dévaluation interne – une stagnation, voire une baisse des salaires, anticipant celle des prix. Dans le même temps, la bonne santé économique de l’Allemagne lui a permis une sérieuse augmentation des salaires – 10 % depuis le début de la crise. Bref, « le rééquilibrage est en bonne voie ».

Mais les opinions publiques du Sud accepteront-elles longtemps de payer la facture du prix d’un chômage ahurissant – en Espagne et en Grèce, en particulier ? La crise de l’euro ne saurait être réglée sans la construction d’un nouveau contrat social , écrit Jan-Werner Mueller, qui préconise, pour en fixer les termes, des gouvernements de large coalition. En France, où les réformes douloureuses n’ont pas encore commencé, mais où l’ensemble des partis de gouvernement sombrent dans le discrédit, est-ce une voie ouverte ?

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