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Maghreb islamiste ?

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À retrouver dans l'émission

Le journaliste et écrivain Kamel Daoud, une des fortes têtes de l’intelligentsia algérienne, se moquait récemment, sur le site Algérie-Focus, du dernier caprice du président Bouteflika : la plus grande mosquée d’Afrique. Un minaret à 270 mètres de haut, 25 étages, une salle de prière pouvant contenir jusqu’à 120 000 fidèles, un musée d’art et d’histoire de l’islam, et un centre de recherche sur l’histoire de l’Algérie. Un projet pharaonique à un milliard d’euros, dont les travaux ont été confiés à une société chinoise. « Bouteflika est tombé », écrit Kamel Daoud, « dans cette sorte de mystique, qui se préoccupe de la sépulture et de la construction des moquées pour résoudre l’inquiétude du vivre ». Et d’ajouter : « cette même génération qui nous gonfle à l’hélium de l’hyper-nationalisme et du « tous contre la France », cherche aujourd’hui le salut du corps en France, mais le salut de l’âme par la mosquée ». « Ils fondent leur légitimité interne sur la guerre (de décolonisation), mais c’est en Occident qu’ils mettent leur confiance, leurs fortunes et leurs espoir de guérison ». La disparition de Bouteflika sera-t-elle l’occasion, pour l’Algérie, de sortir de sa torpeur politique ?

Changeons de pays et mettons le cap sur la Tunisie. Là-bas, on relève des réactions embarrassées à la Palme d’Or d’Abdellatif Kechiche. D’un côté, le ministère des Affaires culturelles félicite l’enfant du pays pour sa distinction. De l’autre, il écarte la possibilité que son film soit diffusé en Tunisie : on ne rigole pas avec l’homosexualité dans la Tunisie d’Ennahda . L’avocat Mounir Baatour, chef du Parti libéral tunisien, en sait quelques chose, lui qui dort en prison pour crime de sodomie… Soit dit en passant, on aimerait que les hommes de gauche français, qui savent se montrer si courageux et avant-gardistes quant aux droits des gays et lesbiennes en France, fassent preuve du même esprit lorsqu’ils visitent leurs amis tunisiens et marocains et cessent de fermer les yeux sur les persécutions dont sont victimes les homosexuels dans la plupart des pays musulmans.

Au Maroc, justement, le Conseil supérieur des oulémas, instance présidée par le roi Mohamed VI, a émis, le mois dernier, une fatwa faisant du changement de religion – en clair de la conversion à une autre religion que l’islam – un crime puni de la peine de mort . Et ce ne sont pas là paroles en l’air. Jamaâ Aït Bakri, un Marocain de 48 ans, vient de passer 7 ans derrière les barreaux pour avoir déclaré s’être converti au christianisme. Il lui en reste 8 à purger. Il faut dire que les Pays-Bas, où il avait demandé l’asile politique en raison des risques que lui faisait courir sa conversion, le lui ont refusé…

Retour en Tunisie : là-bas, les islamistes sont au pouvoir. Régulièrement : Ennahda est arrivé en tête aux élections. Mais le flirt politique entre ces islamistes modérés et les salafistes est en train de s’achever. L'assassinat du dirigeant de l'opposition laïque Chokri Belaïd, par des salafistes, a peut-être été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase ... et descendre des centaines de milliers de Tunisiens dans la rue. Le gouvernement a été remanié; certains ministres, trop complaisants envers les radicaux, écartés. Le Premier ministre Ali Laârayedh a déclaré, la semaine dernière, que le principal défi, pour son pays, est ma montée de la violence salafiste. » Le congrès annuel du mouvement Ansar el-Charia, a été interdit. Le nouveau ministre de l’Intérieur, Lofti Ben Jeddou, applique envers ces islamistes une politique de fermeté, qui contraste avec celle de son prédécesseur. Samir Dilou, ministre des Droits de l’homme, explique : « il est très difficile d’affronter des groupuscules qui n’acceptent ni la loi, ni le principe même de l’Etat . ». « Ces djihadistes appellent à la théocratie dans un nouveau califat, regroupant les pays islamistes ». Mais attention : le djihad armé est déjà présent sur la frontière entre Tunisie et Algérie, avec la katiba Okba Ibn Naafa, qui pose des mines dans la région du Jebel Chaâmbi, et a fait une vingtaine de victimes parmi les membres de la Garde nationale et l’Armée.

Hamadi Redissi, vous avez admirablement décrit les raisons historiques et philosophiques qui font des pays majoritairement musulmans, des « exceptions » dans le monde moderne. Plus que d’autres, ils auraient des difficultés particulières à séparer la gestion des corps du salut des âmes … Pensez-vous que les révolutions arabes, même si elles semblent, dans l’immédiat, favoriser des partis qui se réclament de l’islamisme, puissent néanmoins y aider ?

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