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Malaise dans la médecine

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Vous n’avez pas intérêt à avaler des huitres infectées par le virus de la gastro-entérite, ou à attraper la stéatose, en abusant du foie gras : les médecins généralistes sont en grève, du 23 au 31, à l’appel des trois syndicats de la profession . Vous trouverez donc très probablement close la porte de votre médecin de famille. Mais de nombreux spécialistes fermeront également leur cabinet au cours des jours suivants. Pas la peine de vous précipiter à l’hôpital : les médecins urgentistes seront également en grève à partir d’aujourd’hui , à l’appel de leur association et de la CGT. Hé bien, il reste les cliniques, me direz-vous. Dépêchez-vous :la Fédération de l’hospitalisation privée appelle à un arrêt total et illimité de l’activité des cliniques à partir du 5 janvier .

La conjonction de ces mouvements sociaux affectant le secteur de la santé témoigne d’un très profond malaise.

Toutefois, il ne faut pas les confondre. Elles ne sont pas motivées par les mêmes revendications. Dans une certaine mesure, elles poursuivent même des objectifs contradictoires. Les urgentistes sont des salariés, à la différence des médecins de ville qui appartiennent aux professions libérales . Les revendications ne sont pas les mêmes. Mais on ne saurait entendre les uns, sans informer sur ce qui motive les autres. Du côté des médecins libéraux et des cliniques privées, on conteste radicalement le Projet de Loi Santé, présentée par Marisol Touraine . Cela ne semble pas être le cas des urgentistes hospitaliers.

Les médecins généralistes redoutent le renforcement du pouvoir des Agences régionales de santé , dont il faut rappeler qu’elles ont été créées, par Roselyne Bachelot, sous le gouvernement Sarkozy. Les ARS favorisent les maisons de santé pluridisciplinaires dont les médecins libéraux redoutent qu’elles soient utilisées par les pouvoirs publics pour mailler le territoire et restreindre leur liberté d’installation.

Ils refusent massivement la généralisation du tiers payant , c’est-à-dire la fin des honoraires, qui leur seront remboursés directement par l’Assurance maladie et les mutuelles. Les médecins craignent qu’elle dévalorise leurs consultations et donne lieu à des abus. « Cette mesure ne fera pas disparaître les violences dont sont victimes les médecins, déclare le syndicat des médecins libéraux CCSMF. Surtout, le risque inflationniste réel, consécutif à la démonétisation des actes et des consultations, n’a pas été débattu. » Ils redoutent d’avoir à assumer des tâches administratives absorbantes, d’être davantage contrôlés et de perdre une partie des libertés que leur assure l’exercice libéral. « Autant être salarié », disent certains, qui dénoncent une étatisation rampante de notre système de santé. En outre, les délais de paiement menaceraient les finances de nombre de cabinets.

Les généralistes redoutent également que cette inflation des consultations ne soit compensée financièrement par de sérieuses restrictions de leur liberté de prescription . Un encadrement administratif de leurs actes se précise, en effet. « Les médecins sont passés de l’exaspération à la colère », selon leprésident du Conseil de l’Ordre des médecins.

Du côté des cliniques, 1 100 établissements , on fait remarquer que le secteur privé, alors qu’il respecte mieux que l’hôpital public, ses engagements en matière d’objectifs de limitation des dépenses, est étranglé financièrement. La Fédération de l’hospitalisation privée est vent debout contre la Loi Santé, qu’elle qualifie de « texte liberticide fondé sur un credo idéologique antilibérale . Le projet de loi vise les cliniques exerçant une mission de service public, comme celles qui possèdent un service d’urgence. On soupçonne, en effet, que les Agences régionales de santé ne ferment les services d’urgence des cliniques, lorsque celui de l’hôpital voisin ne va pas bien. »

Les cliniques risquent de perdre le bénéfice du CICE, sous prétexte que les hôpitaux n’en bénéficient pas non plus. Mais les cliniques paient des impôts, pas les hôpitaux.

Les médecins se disent capables d’influencer le vote des électeurs et de dresser leurs patients contre la majorité aux élections départementales de mars prochain. A l’Elysée, on prend la menace suffisamment au sérieux pour avoir repoussé au mois d’avril l’examen de la Loi Santé par le Parlement . Les urgentistes ouvrent le bal sur un air assez différent. A eux la parole, pourquoi faites-vous grève ? Etes-vous hostile ou favorable au projet de Loi de Marisol Touraine ?

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