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Manque de compétitivité et charges sociales

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La France n’a pas un problème économique, mais deux . Si le débat politique s’est cristallisé sur le premier, durant la récente campagne électorale, le second a fait l’objet d’une attention insuffisante. Pourtant ils sont liés inextricablement.

Un mot du premier. Si les déficits publics, dans notre pays sont préoccupants, c’est parce qu’ils ont précédé la crise de 2008 et que celle-ci n’a fait que les creuser. Il s’agit donc d’un déficit structurel. Or, la crise a démontré que les pays développés ne peuvent plus compter sur l’endettement pour financer une croissance reposant exclusivement sur la consommation. François Hollande aura été l’un des premiers dirigeants socialistes à en prendre acte, puis à en faire l’axe de sa campagne, tant durant la primaire socialiste que durant la présidentielle. Et c’est l’une des raisons qui l’ont fait préférer des électeurs - qui savent désormais à quoi s’en tenir.

Mais il y a le deuxième problème, plus mal perçu, lié au premier dans la mesure où un niveau de demande trop élevé et financé à crédit entretient le déficit extérieur : c’est la dégringolade régulière des résultats de notre pays dans ses échanges commerciaux internationaux, Europe comprise. Notre solde courant est passé d’un excédent de 3% du PIB en 1999 à un déficit de 2% de PIB en 2011. Cela signifie que notre pays voit la compétitivité de ses industries s’éroder. Puisque ce sont très majoritairement des produits manufacturés que nous échangeons et non des services. Dans son hit parade de la compétitivité mondiale, le World Economic Forum classait la France à la 15° place en 2010, à la 18° en 2011, à la 21° en 2012. Combien de temps encore, allons-nous voir les capitaux venir s’investir et créer des emplois dans un pays en continuelle dégringolade ?

François Hollande a eu le courage politique de s’attaquer frontalement aux déficits publics. Il a conforté la crédibilité de la signature de la France en faisant adopter le Pacte de stabilité, négocié par son prédécesseur à l’Elysée. Mais face à la question de compétitivité, son gouvernent semble tenté de refuser l’obstacle. Or, toutes les études récentes menées dans des pays comparables au nôtre le démontrent - je cite Jean-Marc Vittori qui les a lues, dans Les Echos : « la rigueur budgétaire ne permet pas de réduire la dette quand il n’y a ni inflation ni croissance . »

Comme le prouve l’exemple allemand, la croissance ne peut être obtenue, en l’état actuel des choses, qu’en améliorant nos performances à l’exportation et donc la compétitivité de nos entreprises .

Mais on touche là au fond du problème politique : en France, le financement de la protection sociale (qui absorbe le tiers du PIB, 33%, le taux le plus élevé d’Europe) est assuré essentiellement par des prélèvements assis sur les salaire : 77 % de ces 633 milliards d’euros de prestations sociales sont financés par des prélèvements sur les revenus d’activité, sous forme de cotisations, ou à travers la CSG.

Ce que disent les patrons, c’est que les charges sociales pesant sur les salaires sont trop lourdes. Et surtout qu’étant trop supérieures à celles payées par leurs concurrents allemands ou britanniques, elles renchérissent exagérément leurs coûts de production . S

elon le Haut conseil du financement de la Sécurité sociale , qui rend son rapport cette semaine, les cotisations sur les salaires représentent 65 % des ressources , contre 57 % en moyenne dans l’Union européenne . Si on ajoute la CSG sur les salaires, le taux de cotisation atteint 65,6 % en 2012.

Est-il raisonnable de continuer à taxer le travail, au point de décourager la création d’emplois et l’investissement ? Quelles alternatives ? faut-il baisser le coût du travail – non pas, bien sûr en baissant le niveau des salaires comme certains font semblant de le croire, mais celui des charges sociales ? Faut-il un choc de compétitivité aux effets immédiats comme le recommandera le rapport Gallois, ou plutôt un étalement des mesures sur l’ensemble du quinquennat, comme semble le préférer le gouvernement ?

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